Articles

Illustration de l'article

Pourquoi parler d'objectifs avant de parler de seuil pour une holding ?

Avant de donner un chiffre, il faut comprendre à quoi sert une holding. Il s'agit simplement d'une société qui détient des parts d'autres sociétés, appelées sociétés filles. Lorsque vous échangez avec votre expert-comptable, votre avocat ou votre conseiller en gestion de patrimoine, trois grands objectifs justifient en pratique sa création. Le premier est l'individualisation de la rémunération, qui concerne les associés souhaitant adapter leurs revenus à la situation fiscale de leur foyer. Le deuxième est l'investissement en masse, c'est à dire développer son patrimoine sans passer immédiatement par la case impôt. Le troisième, souvent oublié au démarrage, est la transmission ou la cession de l'entreprise. Chacun de ces objectifs a son propre seuil de rentabilité, et c'est ce que nous détaillons ci-dessous.

Combien coûte la création et la gestion d'une holding ?

Pour savoir à partir de quand une holding est rentable, il faut d'abord mesurer ce qu'elle coûte. Les montants varient selon l'avocat, l'expert-comptable et le nombre de sociétés concernées, mais voici des moyennes constatées sur le terrain. Lorsque l'on part d'une société unique, qu'il s'agisse d'une SARL, d'une EURL, d'une SAS ou d'une SASU, et que l'on souhaite constituer une holding, il faut prévoir entre 5 000 € et 10 000 € de coûts complets.

Cette enveloppe se décompose en plusieurs postes. La partie conseil représente généralement 3 000 € à 4 000 €. Elle permet de définir vos objectifs et de choisir la bonne forme, par exemple une holding SAS, une holding SARL ou une société civile. C'est le poste sur lequel il ne faut jamais rogner, car vouloir économiser au départ conduit souvent à devoir tout modifier 1, 2 ou 3 ans plus tard pour un coût bien supérieur. La création proprement dite, avec la rédaction des statuts, le choix de la forme sociale et le dépôt de l'annonce légale, coûte en moyenne entre 1 500 € et 2 500 €. Enfin, si vous passez par un apport de titres de votre société d'exploitation à la holding plutôt que par une cession, une évaluation est nécessaire, entre 500 € et 1 500 €, et l'opération peut ajouter 2 000 € à 3 000 € d'honoraires supplémentaires.

Une fois la holding créée, il reste des frais récurrents d'environ 2 000 € par an. Ils comprennent l'expert-comptable, entre 1 000 € et 2 000 € pour une holding passive, et la banque, avec un compte dédié qui coûte à partir de 15 à 20 € par mois selon le nombre d'opérations.

À partir de quel bénéfice une holding devient intéressante pour investir ?

Pour une stratégie fondée uniquement sur l'investissement, le repère que nous utilisons avec nos clients est de 50 000 € de bénéfice net par an, après impôt sur les sociétés et surtout après rémunération du dirigeant. Cette précision est capitale. Faire 50 000 € de bénéfice en ne se versant aucun revenu n'a pas de sens, puisque l'on ne vit pas de rien. De la même façon, avec une rémunération de 1 000 € par mois, le bénéfice affiché ne représente pas une véritable capacité d'investissement, car il faudra compléter vos revenus par des dividendes. Nous parlons donc bien de 50 000 € d'excédent de trésorerie à investir chaque année.

Pourquoi ce montant ? Parce que 50 000 € par an représentent 500 000 € investis en 10 ans. À cette échelle, la holding donne accès à de nombreuses enveloppes intéressantes, comme les club deals immobiliers, le private equity, l'immobilier en direct via des SCI avec effet de levier, ou encore les placements financiers classiques en actions et en obligations. Ce chiffre n'est pas une règle absolue, mais il marque le moment où il devient pertinent de se poser sérieusement la question.

Quel est l'avantage fiscal du régime mère fille pour réinvestir plus ?

L'intérêt principal de la holding vient du régime mère fille. Lorsque votre société d'exploitation remonte des dividendes à la holding, seule une quote part de 5 % est imposée. Sur 50 000 € de bénéfice, il reste donc près de 49 000 € à réinvestir. Si vous perceviez ce même dividende à titre personnel, la flat tax de 31,4 % s'appliquerait et il ne vous resterait qu'environ 34 000 €. Le gain de capital investi est considérable, et les intérêts composés travaillent ensuite sur un montant bien plus important.

Un point de vigilance concerne le calendrier. Les dividendes ne peuvent être distribués qu'après l'établissement du bilan. L'année de création de la holding, ne partez donc pas du principe que votre épargne sera immédiatement disponible. Si un projet d'investissement se présente avant la fin de l'exercice, des conventions de prêt entre sociétés peuvent permettre d'attendre sereinement, à condition d'en discuter au préalable avec vos conseils.

Pourquoi individualiser la rémunération des associés avec une holding ?

Le deuxième objectif concerne les associés. Tant que vous vous versez environ le SMIC, la holding n'a aucun intérêt particulier, car les résultats ne justifient pas encore de se rémunérer davantage. Elle devient pertinente lorsque les revenus grossissent, à partir d'environ 5 000 à 6 000 € de rémunération mensuelle. À ce niveau, on franchit des tranches d'imposition qui pénalisent surtout les célibataires, alors qu'un foyer marié avec enfants bénéficie de plusieurs parts de quotient familial qui atténuent la hausse.

Prenons un exemple concret avec 2 associés disposant chacun d'un budget de rémunération de 200 000 €, soit environ 10 000 € par mois. L'associé marié avec 2 enfants, dont le conjoint n'a pas de revenu, conserve environ 107 000 € nets, tandis que l'associé célibataire sans enfant n'en conserve que 90 000 €. L'écart de 17 000 € peut générer des tensions, puisque le budget est identique mais le résultat très différent dans la poche de chacun.

En plaçant une holding, par exemple une EURL, au-dessus de chaque associé, les budgets de rémunération remontent vers chaque structure, et chacun décide ensuite de sa propre stratégie. Celui qui souhaite tout se verser conserve environ 124 000 € nets au lieu de 107 000 €, soit 17 000 € gagnés. L'autre associé, qui n'a besoin que d'une tranche marginale d'imposition à 30 %, se verse environ 73 000 € nets et conserve 63 000 € à investir chaque année dans sa holding. Sa force d'investissement totale atteint alors 136 000 € contre 90 000 € auparavant, soit 50 % de plus. Cette logique s'applique aussi à une rémunération de 3 000 € par mois complétée par 50 000 € de dividendes que l'on préfère laisser dans sa holding.

Comment la holding aide à transmettre ou céder son entreprise ?

Pour la transmission et la cession, on ne parle pas vraiment de seuil mais plutôt d'ambition à poser dès le départ. Entre 30 et 40 ans, on construit son patrimoine et l'on pense rarement à transmettre à ses enfants. C'est pourtant le bon moment pour poser les premières pierres. La société est sans doute moins valorisée qu'elle ne le sera dans 10 à 15 ans, et les abattements liés au démembrement de propriété sont d'autant plus intéressants que l'on est jeune, car ils s'amenuisent avec l'âge.

Pour la cession, le régime des titres de participation permet de n'être imposé que sur une quote part de 12 % du prix de vente. Encore faut-il que la holding détienne la société fille depuis plusieurs années, faute de quoi une obligation de réinvestir 70 % du produit peut s'imposer, dans des opérations qui ne correspondent pas toujours à vos envies. Tout cela doit donc être anticipé. Enfin, si vous ne souhaitez pas tout sortir pour payer de la fiscalité, la solution consiste à continuer d'investir avec la holding pour créer un patrimoine durable.

Quelles sont les erreurs à éviter avant de créer une holding ?

La première erreur est de croire que la holding supprime l'impôt. Elle le reporte. Le jour où vous retirez l'argent de la holding vers votre poche, la flat tax de 31,4 % s'applique. L'avantage réel vient du fait que, pendant des années, votre capital travaille sur une base plus élevée parce que cet impôt n'a pas été prélevé au départ.

La deuxième erreur est de vouloir économiser sur le conseil, ce qui oblige souvent à restructurer coûteusement quelques années plus tard. La troisième est de créer une holding sans atteindre un niveau de bénéfice suffisant, car les frais de 2 000 € par an risquent alors de dépasser le gain fiscal. La dernière est de négliger l'anticipation, qu'il s'agisse du calendrier des dividendes, de la durée de détention des titres ou de la préparation de la transmission. Les bonnes pratiques consistent à mesurer son bénéfice après rémunération, à se faire accompagner avant toute décision et à raisonner sur 10 ans plutôt que sur 1 exercice.

Conclusion

Une holding n'est ni une solution miracle ni un gadget réservé aux grandes fortunes. Elle devient un véritable levier de richesse à partir d'environ 50 000 € de bénéfice net annuel après rémunération pour investir, à partir de 5 000 à 6 000 € de rémunération mensuelle pour individualiser les revenus des associés, et dès que l'on commence à penser sa transmission ou sa cession. Pour aller plus loin, nous vous invitons à écouter notre podcast L'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcasts.

FAQ sur le seuil de rentabilité d'une holding

Combien coûte la création d'une holding ?

Il faut compter entre 5 000 € et 10 000 € au total, conseil, création et éventuel apport de titres compris. Les frais annuels de gestion avoisinent ensuite 2 000 €.

À partir de quel bénéfice créer une holding pour investir ?

Le repère habituel est de 50 000 € de bénéfice net par an après impôt et après rémunération du dirigeant. En dessous, les frais risquent de réduire fortement l'intérêt de la structure.

Que permet le régime mère fille ?

Il limite l'imposition à 5 % des dividendes remontés à la holding. Sur 50 000 €, il reste près de 49 000 € à réinvestir contre environ 34 000 € en direct.

À partir de quelle rémunération individualiser avec une holding ?

L'intérêt apparaît à partir d'environ 5 000 à 6 000 € de rémunération mensuelle. Il est encore plus net lorsque les associés ont des situations familiales différentes.

La holding permet-elle d'éviter l'impôt ?

Non, elle le reporte. La flat tax de 31,4 % s'applique au moment où vous retirez l'argent de la holding.

Quand créer une holding pour préparer une cession ou une transmission ?

Le plus tôt possible, car le régime des titres de participation suppose une détention de plusieurs années. Anticiper permet aussi d'utiliser des abattements plus avantageux.

‍

Un projet patrimonial ? Parlons-en.

Un premier échange sans engagement avec un conseiller Bonnet & Doyen. Nous vous rappelons sous 24 h.

Être rappelé

À lire aussi

Articles similaires

ORIAS

Bonnet & Doyen Conseil est enregistré auprès de l'ORIAS sous le numéro 22001113.

CNCGP

Bonnet & Doyen Conseil, conseiller en investissements et courtier en assurance, est adhérent de la CNCGP, association professionnelle agréée par l'AMF et l'ACPR.