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Comment investir sur les marchés émergents ?

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Comment investir sur les marchés émergents ?
Comment investir sur les marchés émergents ?

Qu'est-ce que les marchés émergents ? Définition et composition

La définition officielle des marchés émergents repose sur celle du MSCI (Morgan Stanley Capital International), le plus grand fabricant d'indices boursiers au monde. Elle inclut aujourd'hui une quarantaine de pays regroupés en trois grandes zones :

• L'Asie (environ 80 % de l'indice) : Chine, Taïwan, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Thaïlande, Malaisie

• L'Amérique latine : Brésil, Mexique, Colombie…

• Le Moyen-Orient et l'Afrique : Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Afrique du Sud, Turquie

Cette définition est régulièrement remise en question par les professionnels. Comme le souligne Xavier Hovasse : "Quand je vais en Corée, le moment où j'ai l'impression de quitter un pays développé pour aller dans un pays émergent, c'est au voyage retour." Taïwan, leader mondial des semi-conducteurs, ou la Corée du Sud figurent dans l'indice émergent, alors qu'ils surpassent sur bien des points des pays considérés comme développés.

À noter : la Russie a été retirée des indices depuis 2022 pour des raisons techniques liées au conflit en Ukraine.

Performance des marchés émergents : que disent les chiffres ?

Sur dix ans, le MSCI Emergents affiche une performance d'environ +120 %, contre +150-160 % pour l'Europe et +250 % pour les États-Unis. Un écart significatif, principalement dû à la domination de la tech américaine sur la décennie écoulée, et à la contre-performance de la Chine entre 2018 et 2023 (-50 % sur Hong Kong sur cette période).

Mais la dynamique récente est très différente. Depuis 2024-2025, les marchés émergents surperforment même les États-Unis hors effet devises, tirés par :

• Taïwan : multiplication par 3 en dix ans

• L'Inde : multiplication par 2 sur la période

• La Corée du Sud : +150 % sur un an, portée par la demande en mémoire HBM pour l'IA

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

Quels sont les moteurs de croissance des marchés émergents aujourd'hui ?

1. L'intelligence artificielle et les semi-conducteurs

L'IA est aujourd'hui le principal moteur de la classe d'actifs. Dans le monde émergent, on parle des "Mach 3", équivalents asiatiques des Magnificent 7 américains :

• TSMC (Taïwan) : leader mondial incontesté de la fabrication de puces, capable de graver à 2 nanomètres (soit une distance de 7 atomes entre deux transistors). Aucun concurrent n'est en mesure de répliquer ce savoir-faire à court terme.

• Samsung et SK Hynix (Corée du Sud) : fabricants de mémoire HBM (High Bandwidth Memory), utilisée à 100 % par Nvidia pour ses puces d'IA. SK Hynix affiche des marges autour de 72 %, indépendantes des fluctuations énergétiques.

Ces trois valeurs représentent à elles seules un quart de l'indice MSCI Emergents.

2. Les matières premières

L'essor des voitures électriques et de l'IA a fait exploser la demande en cuivre, lithium et terres rares. Or, ces ressources se concentrent en grande partie dans les pays émergents, ce qui explique notamment la bonne performance de l'Amérique latine.

3. Une amélioration du cadre politique

Un changement de paradigme notable est en cours. En Chine, Xi Jinping a publiquement mentionné la performance de l'indice boursier parmi les indicateurs de pilotage du pays — un signal fort. La politique dite "anti-involution" vise à réduire les surcapacités industrielles qui pesaient sur les marges des entreprises chinoises. En Corée du Sud, le président nouvellement élu a annoncé dès son discours inaugural un objectif de KOSPI à 5 000 points.

Les risques à connaître avant d'investir sur les marchés émergents

Le risque géopolitique à Taïwan

C'est le risque principal identifié par Xavier Hovasse : les tensions entre la Chine et Taïwan. Une escalade militaire reste toutefois jugée peu probable — elle serait auto-destructrice pour les deux économies, profondément interdépendantes. Une réintégration pacifique, à l'image du modèle hongkongais de 1997, apparaît comme le scénario central.

La volatilité

Les marchés émergents peuvent connaître des mouvements extrêmes. Le KOSPI coréen a progressé de +150 % en un an… et perdu -15 % en une seule journée lors de l'escalade du conflit iranien. Ces amplitudes sont bien supérieures à celles des marchés occidentaux.

La concentration pays

Un seul pays peut peser lourdement sur la performance globale. La Chine, qui représentait jusqu'à 30-35 % de l'indice, a plombé les résultats de nombreux investisseurs entre 2018 et 2023. Le HSI (Hang Seng Index) était à 30 000 points en 2007 et ne les avait toujours pas retrouvés en 2025.

Les risques structurels propres à certains marchés

La Chine illustre une contradiction historique : la plus belle croissance économique des 30 dernières années, pour le plus mauvais marché actions du monde. Raison principale : une concurrence interne féroce qui détruit les marges (e-commerce, automobile électrique, semi-conducteurs…). La réforme anti-involution en cours tente d'y remédier.

Marchés émergents : une vraie source de diversification ?

Historiquement, oui. Aujourd'hui, la réponse est plus nuancée. Si la diversification géographique reste réelle, la diversification sectorielle l'est beaucoup moins : Taïwan et la Corée du Sud vous exposent directement à la thématique IA, comme le font les grandes valeurs technologiques américaines.

En revanche, d'autres pays — Brésil, Arabie Saoudite, Afrique du Sud — offrent une exposition aux matières premières et à des dynamiques économiques décorrélées des cycles occidentaux.

Chez Bonnet Doyen Conseil, nous recommandons généralement une allocation de 15 à 20 % de la poche actions sur les marchés émergents, au sein d'une diversification incluant actions américaines, européennes, et éventuellement matières premières ou small caps.

Comment investir concrètement sur les marchés émergents ?

Choisir le bon support

Deux approches principales :

• Les ETF indiciels : ils répliquent l'indice MSCI Emergents ou des sous-indices (ex. : émergents hors Chine/Corée/Taïwan pour une exposition aux "vrais" pays émergents). Solution simple, peu coûteuse, accessible à tous.

• Les fonds gérés activement (comme Carmignac Emergent) : ils permettent une sélection de valeurs et une gestion du risque plus fine, notamment en ciblant des entreprises solides financièrement — peu endettées, génératrices de cash-flow.

Privilégier l'entrée progressive (DCA)

Compte tenu de la volatilité de cette classe d'actifs, l'entrée progressive est fortement recommandée :

• Versements mensuels réguliers (DCA), par exemple 500 ou 1 000 €/mois

• Ou arbitrage progressif depuis des supports moins volatils (fonds euros, obligataire)

Entrer en une seule fois sur un marché qui vient de faire +50 % expose à un risque important de biais comportemental : en cas de baisse soudaine, la tentation de tout liquider au mauvais moment est forte.

Adopter un horizon long terme

Les marchés émergents sont des investissements de long terme, encore plus que d'autres classes d'actifs. Les cycles peuvent être longs et la patience est une condition sine qua non de la performance.

Pourquoi ne pas ignorer les marchés émergents ?

Les marchés émergents, c'est :

• La majorité de la population mondiale

• La majorité de la croissance économique mondiale

• L'essentiel des ressources naturelles (pétrole, lithium, cuivre, terres rares)

• Une concentration croissante de capital humain d'excellence (classement PISA, olympiades internationales de mathématiques)

• Des économies de plus en plus autosuffisantes, moins dépendantes des États-Unis

Comme le résume Xavier Hovasse : "Le monde émergent n'est plus dépendant. Il est autosuffisant aujourd'hui."

Conclusion

Investir sur les marchés émergents, c'est s'exposer à des moteurs de croissance puissants (IA, semi-conducteurs, matières premières) tout en acceptant une volatilité supérieure à celle des marchés occidentaux. La clé : entrer progressivement, diversifier entre pays et secteurs, et s'inscrire dans un horizon de placement long.

🎧 Aller plus loin avec le podcast du cabinet

Cet article est issu d’un épisode du podcast « L’art de la gestion patrimoniale et financière », dans lequel Axel Gaudet, expert financier du cabinet Bonnet Doyen Conseil, échange avec Xavier Hovasse (Carmignac) pour décrypter en profondeur les marchés émergents : leur fonctionnement, leurs moteurs de performance, les risques à connaître et leur place dans une allocation patrimoniale.

L’épisode est disponible sur Spotify, Apple Podcasts et YouTube.

N’hésitez pas à vous abonner, à laisser une note et à partager l’épisode si le sujet vous a été utile.

FAQ – Investir sur les marchés émergents

Les marchés émergents sont-ils adaptés à un investisseur débutant ?

Oui, à condition d’y accéder via des supports simples (ETF diversifiés) et de limiter leur poids dans le portefeuille. Leur volatilité impose néanmoins une certaine discipline et un horizon d’investissement long.

Faut-il investir maintenant ou attendre une correction ?

Chercher le “bon timing” est souvent contre-productif. Une approche progressive (type DCA) permet de lisser les points d’entrée et de réduire le risque d’acheter au plus haut.

Peut-on investir sans s’exposer à la Chine ?

Oui. Il existe des ETF et des fonds spécialisés “émergents hors Chine” qui permettent de capter la croissance d’autres zones comme l’Inde, l’Asie du Sud-Est ou l’Amérique latine.

Quelle est la fiscalité des investissements en marchés émergents ?

Elle dépend du support utilisé (PEA, assurance-vie, compte-titres). Les ETF éligibles au PEA restent rares sur cette zone, mais certains existent. L’assurance-vie offre souvent un cadre fiscal plus souple.

Les devises représentent-elles un risque important ?

Oui. Investir en marchés émergents, c’est aussi s’exposer aux fluctuations des devises locales, qui peuvent amplifier les gains… ou les pertes, indépendamment de la performance des entreprises.

Peut-on sélectionner soi-même des actions émergentes ?

C’est possible, mais complexe. Cela demande une forte expertise locale, une bonne compréhension des risques politiques et une capacité d’analyse approfondie. Pour la plupart des investisseurs, les fonds ou ETF restent plus adaptés.

Quel rôle jouent les taux d’intérêt américains sur ces marchés ?

Ils ont un impact indirect important. Des taux élevés aux États-Unis peuvent attirer les capitaux vers les actifs américains, au détriment des marchés émergents, et peser sur leurs devises.

Les marchés émergents sont-ils corrélés aux marchés américains ?

De plus en plus, surtout sur la partie technologique. Cependant, certaines zones (matières premières, économies domestiques) conservent des dynamiques propres, ce qui maintient un intérêt en diversification.

Est-ce une classe d’actifs “d’avenir” ou déjà mature ?

Les deux. Certains pays sont très avancés technologiquement (Corée, Taïwan), tandis que d’autres sont encore en phase de rattrapage économique. Cette dualité fait toute la richesse — et la complexité — de cet univers d’investissement.

Quelle erreur éviter absolument ?

Investir sous le coup de l’émotion : entrer après une forte hausse ou sortir après une baisse brutale. Sur les marchés émergents, la discipline et la régularité font souvent la différence sur le long terme.