Pourquoi faut-il garder un compte courant personnel en plus du compte joint ?
Dans la quasi-totalité des couples, qu'ils soient pacsés, mariés ou en concubinage, chacun conserve un compte courant personnel destiné à ses dépenses propres, tandis qu'un compte joint est ouvert pour financer les charges communes du foyer. Ce compte joint sert avant tout à régler le loyer ou la mensualité du crédit immobilier, ainsi que les dépenses partagées du quotidien comme les courses ou les abonnements du foyer. Chacun y contribue en fonction de ses revenus et des arrangements trouvés avec son conjoint ou sa conjointe. Il faut toutefois garder à l'esprit un point souvent ignoré, celui du régime matrimonial. Pour environ 90 % des couples mariés, qui relèvent du régime de la communauté légale réduite aux acquêts, les revenus perçus pendant le mariage appartiennent en réalité à la communauté, donc aux deux époux. Le compte personnel et le compte joint relèvent alors davantage d'une logique de comptabilité pratique que d'une véritable séparation patrimoniale. Cette nuance devient essentielle en cas de séparation, puisque l'argent gagné par l'un pendant le mariage ne lui appartient pas exclusivement, même s'il transitait par son compte personnel.
Comment répartir équitablement les dépenses communes entre conjoints ?
La répartition des charges communes mérite une attention particulière, car un mauvais arrangement peut créer un déséquilibre patrimonial important entre les deux membres du couple. Un cas fréquent consiste à répartir les charges de façon apparemment équitable, l'un prenant en charge la mensualité du crédit immobilier pendant que l'autre finance les courses et les abonnements du foyer pour un montant équivalent. Ce type d'arrangement est risqué, car la personne qui rembourse le crédit constitue, mensualité après mensualité, un patrimoine immobilier qui lui appartient en propre si le bien a été acheté avant le mariage ou financé avec des fonds propres, tandis que l'autre finance des dépenses de consommation qui ne laissent aucune trace patrimoniale. Vingt ans plus tard, en cas de séparation, l'écart peut être considérable. Il est également essentiel de rappeler qu'un conjoint ou concubin ne doit jamais verser de loyer à son partenaire propriétaire du logement commun. Rembourser une mensualité de crédit constitue déjà un enrichissement pour le propriétaire, et demander en plus une contribution locative revient à faire financer deux fois le même bien par la personne qui n'en devient pas propriétaire.
Pourquoi une épargne de précaution est-elle indispensable et quel montant prévoir ?
Au-delà des comptes du quotidien, chaque couple doit disposer d'une épargne de précaution facilement disponible, généralement logée sur un livret A et un livret de développement durable et solidaire. Ces deux livrets réglementés sont plafonnés à environ 35 000 € au total et rémunèrent aujourd'hui autour de 1,5 % par an, un rendement volontairement limité puisque leur rôle n'est pas de faire fructifier l'épargne mais de faire face aux imprévus du quotidien, qu'il s'agisse d'une chaudière à remplacer ou d'une réparation automobile. L'usage habituellement recommandé consiste à conserver l'équivalent de 5 à 6 mois de salaire sur ces livrets, ce montant devant toutefois être adapté au niveau de revenus et au profil de chacun. Pour la grande majorité des foyers, une épargne de précaution comprise entre 15 000 € et 20 000 € permet déjà de couvrir la plupart des imprévus, sans qu'il soit nécessaire d'aller au-delà, sous peine de laisser dormir inutilement des sommes importantes qui pourraient être investies. À l'inverse, sous investir cette poche de sécurité expose à un risque bien réel, celui de devoir céder des placements financiers au pire moment, par exemple en cas de baisse des marchés, pour faire face à une dépense urgente.
Quel rôle joue l'assurance-vie dans la stratégie d'épargne d'un couple ?
Une fois l'épargne de précaution constituée, l'assurance-vie devient le support de référence pour commencer à faire fructifier son épargne sur le moyen et le long terme. Elle reste l'enveloppe préférée des Français, et son attractivité progresse encore à mesure que le rendement des livrets réglementés diminue. Un contrat d'assurance-vie se compose généralement de deux poches complémentaires. Le fonds euro, comparable à un livret sécurisé au sein du contrat, garantit le capital investi et affiche des rendements qui se situent aujourd'hui entre 2,5 % et 3 % sur les offres standards, et qui peuvent atteindre 5 % nets de frais de gestion sur les meilleurs contrats du marché. Les unités de compte, quant à elles, permettent d'investir sur des supports plus dynamiques comme les actions, les obligations, l'immobilier papier ou encore des produits structurés, en fonction du profil de risque de chaque épargnant. L'un des principaux atouts de l'assurance-vie réside dans sa fiscalité avantageuse, puisque les gains ne sont imposés qu'au moment d'un retrait, ce qui permet de bénéficier pleinement de l'effet des intérêts composés au fil des années. La performance d'un contrat dépend toutefois largement de la qualité de l'allocation proposée et de l'accompagnement du conseiller en gestion de patrimoine choisi, ce qui justifie de comparer sérieusement les offres avant de s'engager.
Pourquoi ouvrir également un plan d'épargne en actions en complément ?
Le plan d'épargne en actions, plus connu sous le nom de PEA, constitue une cinquième enveloppe complémentaire, à réserver aux profils capables d'accepter une part de risque plus importante. Il permet d'investir principalement en actions européennes, que ce soit sous forme de titres vifs comme des actions Air Liquide, LVMH ou Total Energies, ou via des fonds et des ETF. Son principal intérêt réside dans sa fiscalité, puisqu'après 5 ans de détention, les plus-values réalisées ne supportent plus l'impôt sur le revenu et restent uniquement soumises aux prélèvements sociaux. Le PEA est plafonné à 150 000 € de versements, un plafond qui peut être complété par un PEA-PME dédié aux entreprises de taille plus modeste. Contrairement à un compte titres ordinaire, qui permet d'investir sans limite géographique mais sans avantage fiscal particulier, le PEA a été conçu pour encourager les épargnants européens à investir dans les entreprises du continent. Pour ce type d'enveloppe, privilégier un courtier en ligne aux frais réduits est généralement plus pertinent qu'un contrat proposé par une banque traditionnelle, les frais ayant un impact direct et durable sur la performance obtenue sur le long terme.
Conclusion
Compte courant personnel, compte joint, livret A et livret de développement durable et solidaire pour l'épargne de précaution, assurance-vie puis plan d'épargne en actions, ces cinq comptes forment ensemble une organisation financière équilibrée pour tout couple souhaitant sécuriser son quotidien tout en construisant son patrimoine sur le long terme. L'ordre dans lequel ces enveloppes sont mises en place a son importance, tout comme la manière dont les charges communes sont réparties entre les deux conjoints. Pour aller plus loin sur ce sujet et découvrir en détail les erreurs les plus fréquentes observées chez les couples, nous vous invitons à écouter l'épisode complet du podcast l'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcast.
Foire aux questions
Combien de comptes bancaires un couple doit-il avoir au minimum ?
Un couple doit généralement disposer d'au moins 5 comptes, à savoir un compte courant personnel pour chacun, un compte joint pour les dépenses communes, un livret A et un livret de développement durable et solidaire pour l'épargne de précaution, une assurance-vie et un plan d'épargne en actions pour investir sur le moyen et le long terme.
Faut-il payer un loyer à son conjoint propriétaire du logement commun ?
Non, un conjoint ou concubin ne doit pas verser de loyer à son partenaire propriétaire, car cela reviendrait à financer une seconde fois un bien qui ne lui appartient pas, en plus de sa contribution aux autres charges du foyer.
Quel montant faut-il conserver sur son épargne de précaution ?
Le montant recommandé correspond généralement à 5 à 6 mois de salaire, ce qui représente le plus souvent entre 15 000 € et 20 000 € pour la majorité des foyers, ce montant devant être ajusté selon le niveau de revenus de chacun.
Quelle est la différence entre l'assurance-vie et le plan d'épargne en actions ?
L'assurance-vie permet d'investir sur une large diversité de supports, du fonds euro sécurisé aux unités de compte plus dynamiques, tandis que le PEA est dédié à l'investissement en actions européennes, avec un avantage fiscal qui se déclenche après 5 ans de détention.
Le PEA est-il plus intéressant fiscalement que le compte titres ordinaire ?
Oui, après 5 ans de détention, les gains réalisés dans un PEA ne supportent plus l'impôt sur le revenu et restent uniquement soumis aux prélèvements sociaux, alors que le compte titres ordinaire reste soumis à la fiscalité classique sur les plus-values.
Comment répartir les versements sur le compte joint entre les deux conjoints ?
Les versements sur le compte joint doivent idéalement être proportionnels aux revenus de chacun, tout en évitant les arrangements de type 50 50 qui peuvent enrichir un seul des deux conjoints lorsque l'un finance un crédit immobilier et l'autre des dépenses de consommation courante.



