Pourquoi le comptable recommande-t-il presque toujours la SAS aux nouveaux entrepreneurs ?
Lorsqu'un ancien salarié crée son entreprise, le comptable met souvent en avant le fait que la SAS permet de conserver un statut proche de celui de salarié, grâce au régime assimilé salarié. Concrètement, cela signifie que le dirigeant cotise à peu près comme un salarié classique, à l'exception notable de l'assurance chômage, à laquelle un dirigeant d'entreprise n'a de toute façon pas droit quelle que soit la structure choisie. Cet argument séduit naturellement les entrepreneurs qui viennent du salariat et qui souhaitent conserver un filet de sécurité similaire à celui qu'ils connaissaient auparavant. Le problème, c'est que cette recommandation repose presque toujours sur un seul critère, celui de la protection sociale immédiate, sans jamais interroger la pertinence de ce choix pour la constitution d'un patrimoine de retraite sur le long terme.
Quelle est la différence entre la retraite par répartition et la retraite par capitalisation ?
Avant de comparer les statuts juridiques, il est essentiel de comprendre les deux grands systèmes de retraite qui coexistent en France. La retraite par répartition est le système que la plupart des Français connaissent, dans lequel les cotisations versées par les actifs financent directement les pensions des retraités actuels, sans qu'aucune somme ne soit mise de côté pour celui qui cotise. Ce système repose sur un équilibre démographique entre le nombre d'actifs et le nombre de retraités, un équilibre qui se dégrade année après année en raison du vieillissement de la population et de la baisse de la natalité. À l'inverse, la retraite par capitalisation consiste à se constituer soi-même un capital, via des enveloppes dédiées comme l'assurance-vie ou le plan d'épargne retraite, un capital qui reste la propriété de celui qui l'a constitué et qui ne dépend d'aucun équilibre démographique ni d'aucune décision politique future.
SAS ou SARL, quel statut permet réellement de mieux préparer sa retraite ?
Pour objectiver le débat, il faut comparer les chiffres. Pour un budget de rémunération de 200 000 € consacré à un dirigeant, la SAS permet d'obtenir un net dans la poche d'environ 97 000 € et une retraite brute estimée à 6 900 €, tandis que la SARL, pour ce même budget, permet d'obtenir un net dans la poche nettement supérieur, autour de 119 000 €, avec toutefois une retraite estimée plus faible, autour de 4 600 € bruts selon les règles actuelles de la retraite par répartition. La SAS génère donc environ 2 300 € de retraite brute supplémentaire par rapport à la SARL. Mais ce calcul s'appuie sur une hypothèse fragile, celle d'une retraite par répartition qui resterait strictement inchangée jusqu'au départ à la retraite de l'entrepreneur, ce qui est loin d'être garanti compte tenu de la trajectoire démographique du pays. En contrepartie de cette retraite légèrement supérieure, le dirigeant en SAS renonce chaque année à environ 22 000 € de net disponible par rapport à un dirigeant de SARL, une somme qui pourrait pourtant être investie pour préparer sa propre retraite par capitalisation.
Pourquoi investir l'écart de rémunération change-t-il complètement la donne ?
L'écart de 22 000 € par an entre les deux statuts n'a de sens que si on l'utilise. Laissé sur un compte sans être investi, cet écart perd tout son intérêt. En revanche, pour un entrepreneur de 35 ans qui investirait cette somme chaque année jusqu'à ses 65 ans, soit sur une durée de 30 ans, avec un rendement moyen de 5 % par an, le capital constitué atteindrait environ 1 460 000 €. Ce montant, placé à son tour à 5 %, générerait environ 75 000 € de revenus complémentaires par an, sans même entamer le capital, un montant qui dépasse largement les 2 300 € de retraite brute supplémentaire annoncés par le calcul initial en faveur de la SAS. Ce même écart de 22 000 € améliore par ailleurs la capacité d'emprunt de l'entrepreneur, avec un budget supplémentaire empruntable estimé à 150 000 € sur une durée de 25 ans, un levier non négligeable pour financer un projet immobilier ou un investissement patrimonial. On rappelle enfin que sur ce budget de 200 000 € en SARL, environ 55 000 € sont déjà versés chaque année sous forme de cotisations sociales, ce qui finance à la fois la retraite de base et la retraite complémentaire du gérant, en plus des autres régimes de protection sociale.
Quel est l'avantage de la retraite par capitalisation en matière de transmission et de protection familiale ?
Au-delà du seul montant de la retraite, la différence la plus importante entre les deux approches concerne la transmission. Les cotisations versées dans le cadre de la retraite par répartition disparaissent en grande partie au décès du cotisant, avec tout au plus une pension de réversion partielle pour le conjoint survivant. À l'inverse, le capital constitué par capitalisation, via une assurance-vie ou un plan d'épargne retraite, reste un véritable patrimoine qui peut être transmis au conjoint survivant ou aux enfants. Ainsi, un entrepreneur qui viendrait à décéder à 45 ans après avoir investi cet écart de rémunération pendant 10 ans laisserait à ses proches environ 220 000 € de capital constitué, une somme qui n'existerait tout simplement pas dans une logique de cotisation uniquement tournée vers la répartition. Cette dimension de prévoyance familiale change fondamentalement la manière d'aborder le choix du statut juridique, qui ne doit jamais se limiter à la seule question de la protection sociale immédiate.
Conclusion
Choisir la SAS uniquement pour préparer sa retraite est une idée reçue qui mérite d'être nuancée, car elle repose sur une confiance totale envers un système par répartition dont la pérennité reste incertaine. La SARL, en offrant un net disponible nettement supérieur, permet à l'entrepreneur de se constituer lui-même une retraite par capitalisation, souvent bien plus avantageuse à long terme, tout en protégeant sa famille grâce à des enveloppes patrimoniales transmissibles. La SAS conserve en revanche tout son intérêt pour d'autres objectifs, comme la levée de fonds ou le développement d'une start-up, mais ce choix doit être fait en toute connaissance de cause. Pour aller plus loin sur ce sujet et découvrir en détail nos calculs et nos recommandations, nous vous invitons à écouter l'épisode complet du podcast l'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcast.
Foire aux questions
La SAS est-elle vraiment meilleure que la SARL pour préparer sa retraite ?
Non, la SAS offre une retraite par répartition légèrement supérieure, mais elle réduit fortement le net disponible chaque année, ce qui limite la capacité de l'entrepreneur à se constituer une retraite par capitalisation souvent bien plus rentable sur le long terme.
Quelle est la différence entre retraite par répartition et retraite par capitalisation ?
La retraite par répartition finance les pensions actuelles grâce aux cotisations des actifs sans capital individuel constitué, tandis que la retraite par capitalisation consiste à se créer soi-même un patrimoine, via l'assurance-vie ou le plan d'épargne retraite, qui reste la propriété de l'épargnant.
Pourquoi la retraite par répartition est-elle considérée comme fragile ?
Le système par répartition dépend d'un équilibre entre actifs et retraités qui se dégrade avec le vieillissement de la population et la baisse de la natalité, ce qui fait peser un risque réel sur le niveau des pensions futures.
Quel capital un entrepreneur peut-il espérer constituer en investissant l'écart entre SAS et SARL ?
En investissant environ 22 000 € par an sur 30 ans avec un rendement moyen de 5 %, un entrepreneur peut viser un capital de retraite d'environ 1 460 000 €, un montant nettement supérieur à ce que procure la seule retraite par répartition.
La retraite par capitalisation protège-t-elle vraiment la famille en cas de décès ?
Oui, contrairement aux cotisations de répartition qui disparaissent en grande partie au décès du cotisant, le capital constitué par capitalisation reste un patrimoine transmissible au conjoint survivant et aux enfants.
Faut-il toujours choisir la SARL plutôt que la SAS pour un entrepreneur ?
Pas systématiquement, la SAS reste pertinente pour des objectifs comme la levée de fonds ou le développement rapide d'une entreprise, mais si l'objectif principal est de préparer sa retraite, la SARL associée à une stratégie de capitalisation est souvent plus avantageuse.



