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Chaque asscoié doit avoir sa propre holding !

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Conseiller en gestion de patrimoine

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Chaque asscoié doit avoir sa propre holding !
Chaque asscoié doit avoir sa propre holding !

Pourquoi une seule holding commune désavantage-t-elle certains associés ?

Imaginons deux associés qui dirigent ensemble une société par actions simplifiée. Ils décident de se verser à chacun une rémunération de 6 000 euros par mois, soit 72 000 euros brut annuels. En apparence, la situation est parfaitement équitable. En réalité, elle ne l'est pas du tout, et les chiffres le démontrent clairement.

Le premier associé est marié, son conjoint perçoit environ 25 000 euros par an, et le couple a trois enfants. Grâce au quotient familial qui découle de cette configuration, son foyer fiscal bénéficie de parts supplémentaires et d'un taux moyen d'imposition réduit. Résultat : après paiement des charges sociales et de l'impôt sur le revenu, cet associé touche environ 67 000 euros net dans sa poche. Le second associé est célibataire, sans enfant, avec une situation fiscale simple et une tranche marginale d'imposition qui monte rapidement. Avec exactement la même rémunération brute, il ne perçoit que 59 000 euros net. L'écart est de 8 000 euros par an, à charge équivalente pour la société.

Ce déséquilibre ne vient pas d'une injustice dans le contrat d'association : il vient de la structure juridique elle-même. Quand deux dirigeants sont rémunérés directement au niveau de la société d'exploitation, que ce soit une SAS ou une SARL, leur rémunération est traitée de façon identique par la structure. Mais leur foyer fiscal, lui, est unique. Et c'est précisément là que le bât blesse.

Il faut également comprendre que le problème ne se limite pas à l'impôt sur le revenu. La forme juridique de la société a elle-même un impact important sur les charges sociales. En SAS, le président ou directeur général a le statut d'assimilé salarié et relève du régime général de la sécurité sociale. Les cotisations sociales représentent alors entre 75 et 80 % du net perçu avant impôt, ce qui est considérable. En SARL, le gérant majoritaire bénéficie du statut de travailleur non salarié, relevant de la Sécurité des indépendants. Le taux de cotisation est alors de l'ordre de 40 à 45 % pour les rémunérations inférieures à 100 000 euros annuels, et il devient dégressif au-delà : environ 31 % passé le seuil de 67 000 euros, et proche de 20 % pour les rémunérations dépassant 192 000 euros.

Cette différence de régime social crée une situation paradoxale entre associés. Pour celui qui dispose de marges dans la tranche marginale d'imposition à 30 %, il peut être très avantageux d'augmenter sa rémunération plutôt que de percevoir des dividendes, notamment si les cotisations sociales diminuent avec le montant. Mais pour l'autre, dont le foyer fiscal est déjà saturé, la même stratégie conduirait à une imposition confiscatoire. Dans une structure commune, les associés sont souvent contraints de s'aligner sur un mode de rémunération unique, ce qui favorise l'un au détriment de l'autre. Ce compromis permanent est l'une des sources de tension les plus fréquentes entre co-dirigeants.

Comment fonctionne le schéma holding individuelle avec une société d'exploitation SAS ?

La réponse à ce problème structurel est élégante dans son principe : plutôt que de rémunérer les associés directement depuis la société d'exploitation, on interpose entre chaque associé et la société commune une holding individuelle. Concrètement, chaque associé crée sa propre société holding, généralement sous forme d'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée. Ces deux holdings détiennent ensemble les parts de la société d'exploitation, à parité si les associés sont à 50-50.

Pour que ce montage soit efficace sur le plan de la rémunération, la société d'exploitation doit être constituée sous forme de SAS. Contrairement à la SARL, la SAS permet d'avoir des personnes morales comme dirigeantes. Cela signifie qu'une holding peut exercer les fonctions de présidente ou de directrice générale de la SAS. Ainsi, la holding de chaque associé devient officiellement dirigeante de la société commune : l'une en tant que présidente, l'autre en tant que directrice générale.

Ces holdings facturent alors un mandat de direction à la société d'exploitation. C'est ici que réside le coeur du dispositif. Concrètement, si le budget de rémunération alloué à chaque associé est de 125 000 euros par an, ce n'est plus la personne physique qui perçoit cette somme brute en tant que salarié ou TNS de la SAS. C'est la holding qui facture 125 000 euros à la société d'exploitation au titre de ce mandat de direction. La trésorerie remonte ainsi dans la holding de chacun, et c'est à ce niveau que chaque associé décide librement de son arbitrage individuel entre rémunération et dividendes.

Reprenons l'exemple de nos deux associés, Julie et Maxime. Julie, mariée, mère de trois enfants, dont le conjoint a des revenus modestes, a tout intérêt à se rémunérer intégralement depuis sa holding. Comme elle est gérante majoritaire de son EURL, elle bénéficie du statut TNS avec des charges sociales bien inférieures à celles d'une SAS. Résultat : à budget équivalent, elle récupère environ 10 000 euros de plus par an en net, après charges sociales et impôt sur le revenu, par rapport à la situation initiale où elle était rémunérée directement depuis la SAS commune.

Maxime, lui, est célibataire et sans enfant. Sa tranche marginale d'imposition monte rapidement. Dans la structure ancienne, il était contraint de percevoir la même rémunération que Julie, ce qui le faisait basculer dans la tranche à 41 %. Désormais, depuis sa propre holding, il peut choisir de se rémunérer uniquement jusqu'au seuil de la tranche à 30 %, soit environ 90 000 à 98 000 euros par an. Le solde, soit 25 000 à 30 000 euros, reste dans sa holding. Plutôt que d'être ponctionné par l'impôt sur le revenu, cet excédent peut être investi : dans de nouveaux projets professionnels, dans des actifs patrimoniaux, dans de l'immobilier ou des placements financiers, le tout avec une fiscalité allégée puisque l'argent reste dans la sphère de l'impôt sur les sociétés.

Ce schéma offre également une flexibilité précieuse dans la gestion des frais. Quand deux associés ont des besoins différents en matière de prévoyance ou de complémentaire santé, par exemple, et qu'ils partagent une seule et même structure, il est extrêmement compliqué de rétablir une équité entre eux. Avec deux holdings distinctes, chacun gère ses propres frais dans son périmètre, sans que cela n'affecte l'autre. Les discussions interminables sur la répartition des charges disparaissent.

Il convient toutefois de mentionner une limite importante de ce dispositif. Certaines professions réglementées imposent que les fonctions de direction soient exercées par une personne physique et non par une société. C'est notamment le cas dans le secteur de la finance et de la gestion de patrimoine, mais aussi dans certaines activités du bâtiment. Dans ces situations, les mandats de direction ne peuvent pas être facturés par les holdings. Des alternatives existent cependant, comme la facturation de prestations de services pour des fonctions techniques distinctes de la direction, à condition que ces prestations soient réelles, justifiées en valeur et cohérentes avec l'objet social de la holding. L'administration fiscale y prête une attention particulière, et toute facturation abusive serait remise en cause lors d'un contrôle. La règle est simple : chaque flux de facturation doit avoir une réalité économique et être proportionné aux services effectivement rendus.

Dividendes, régime mère-fille et capitalisation : quels sont les vrais avantages fiscaux ?

Au-delà de l'optimisation de la rémunération, le schéma de la holding individuelle recèle un autre avantage fiscal majeur, souvent méconnu des dirigeants : le régime mère-fille applicable aux dividendes. Comprendre ce mécanisme, c'est comprendre pourquoi la capitalisation au sein d'une holding est infiniment plus efficace que la distribution directe à la personne physique.

Lorsque la société d'exploitation dégage des bénéfices et décide de les distribuer sous forme de dividendes, ces sommes remontent vers les holdings. Dès lors que chaque holding détient au moins 5 % du capital de la filiale, elle entre dans le champ d'application du régime mère-fille. Ce régime prévoit que les dividendes remontant d'une filiale vers une société mère sont quasi-exonérés d'impôt sur les sociétés. Seule une quote-part de frais et charges égale à 5 % des dividendes est réintégrée dans le résultat imposable de la holding. Avec un taux d'impôt sur les sociétés de 25 %, cela correspond à une imposition effective maximale de 1,25 % sur les dividendes reçus.

Pour mesurer l'ampleur de cet avantage, il suffit de le comparer à la fiscalité applicable si ces mêmes dividendes avaient été distribués directement à la personne physique. Dans ce cas, ils seraient soumis au prélèvement forfaitaire unique, la flat tax, au taux global de 31,4 % incluant l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux. La différence est saisissante : 1,25 % contre 31,4 %. Sur 100 000 euros de dividendes, cela représente une économie fiscale de plus de 30 000 euros.

La nuance essentielle à comprendre est que cet avantage s'accompagne d'une contrepartie : l'argent reste dans la société. À 1,25 %, les fonds sont dans la holding et peuvent être réinvestis. À 31,4 %, les fonds sont dans la poche de l'associé en tant que personne physique. C'est un choix stratégique que chaque dirigeant doit poser en fonction de ses projets. Pour un entrepreneur qui souhaite développer son patrimoine professionnel, financer de nouvelles activités ou constituer une réserve d'investissement, la capitalisation en holding est de loin la solution la plus efficace.

Il est également important de noter que le régime mère-fille s'applique indépendamment de la forme juridique des holdings. Que celles-ci soient des EURL, des SAS ou tout autre forme soumise à l'impôt sur les sociétés, l'avantage est le même, dès lors que le seuil de 5 % de détention est respecté. La forme de la société d'exploitation n'entre pas en jeu pour ce mécanisme.

Ce schéma n'est pas réservé aux grandes structures ni aux patrimoines exceptionnels. Alexandre Chapotier le souligne clairement : dès lors qu'une société associée dégage 200 000 euros de bénéfices par an après rémunération, il devient pertinent de réfléchir à ce type de montage. La condition fondamentale est que l'activité soit rentable et solide. Mettre en place des holdings lorsque la société peine à couvrir les charges fixes serait contre-productif et coûteux. Mais pour des entrepreneurs dont l'activité fonctionne et dont les situations personnelles divergent, c'est sans doute le schéma d'optimisation fiscale et patrimoniale le plus adapté qui soit.

Conclusion

La holding individuelle par associé n'est pas un montage complexe réservé à une élite financière. C'est un outil de souplesse, d'équité et d'efficacité fiscale conçu pour des entrepreneurs qui s'associent et dont les trajectoires de vie, les foyers fiscaux et les projets personnels finissent inévitablement par diverger. Vouloir maintenir deux associés aux profils différents dans une seule et même structure de rémunération, c'est accepter que l'un d'eux soit systématiquement perdant. Et ce perdant-là finira un jour par le faire savoir.

Grâce à ce schéma, chaque associé récupère son indépendance décisionnelle en matière de rémunération. Il peut piloter sa tranche marginale d'imposition, arbitrer entre salaire et dividendes, capitaliser dans sa holding au taux de l'impôt sur les sociétés, et réinvestir sans friction fiscale excessive. À cela s'ajoute le régime mère-fille, qui rend la remontée de dividendes quasi-neutre fiscalement et transforme la holding en véritable véhicule de capitalisation et d'investissement patrimonial.

Chaque situation reste néanmoins particulière. La forme juridique de la société d'exploitation, les obligations liées à certaines professions réglementées, la perspective de cession future, le niveau de bénéfices distribués : autant de paramètres qui doivent être analysés avec soin par un professionnel de l'ingénierie patrimoniale. Le schéma holding existe, il est puissant, il est accessible. Reste à le calibrer précisément à votre situation.

Pour approfondir ce sujet et découvrir des exemples concrets d'application de ces stratégies, nous vous invitons à écouter l'épisode dédié sur notre chaîne de podcast « L'Art de la Gestion Patrimoniale », disponible sur Deezer, Spotify et Apple Podcasts.

FAQ — Questions fréquentes sur la holding par associé

Pourquoi chaque associé doit-il avoir sa propre holding et non une holding commune ?

Une holding commune ne résout pas le problème de l'individualisation fiscale : les associés resteraient contraints de prendre des décisions collectives sur la rémunération. Une holding individuelle par associé permet à chacun de piloter librement son arbitrage entre rémunération et dividendes, en fonction de sa propre situation fiscale et de ses besoins personnels, sans impacter son partenaire.

Qu'est-ce qu'un mandat de direction dans le schéma holding par associé ?

Le mandat de direction est la facturation par la holding de ses prestations en tant que dirigeant de la société d'exploitation. Concrètement, c'est la société holding qui facture à la SAS commune les honoraires correspondant à l'exercice des fonctions de direction, à la place d'une rémunération versée directement à la personne physique. Ce flux doit être justifié et proportionné aux responsabilités exercées.

Comment fonctionne le régime mère-fille sur les dividendes dans une holding ?

Lorsqu'une holding détient au moins 5 % du capital de sa filiale, les dividendes remontant vers elle sont soumis au régime mère-fille. Seule une quote-part de 5 % est intégrée dans le résultat imposable de la holding, ce qui conduit à une fiscalité effective maximale de 1,25 %, bien inférieure aux 31,4 % de la flat tax appliquée aux dividendes perçus par une personne physique.

Ce schéma est-il accessible si la société d'exploitation est une SARL ?

En SARL, la loi impose que les gérants soient des personnes physiques, ce qui empêche les holdings d'exercer un mandat de direction. En revanche, les associés peuvent envisager des conventions de prestations de services entre leur holding et la SARL, à condition que ces prestations soient réelles, distinctes des fonctions de direction et proportionnées à leur valeur. Cette solution est plus contraignante et davantage scrutée par l'administration fiscale.

La holding par associé est-elle réservée aux grandes entreprises ou aux entrepreneurs très fortunés ?

Non. Ce montage s'adresse à tous les entrepreneurs qui s'associent à plusieurs et dont la société génère des bénéfices réguliers. Dès lors que les situations personnelles des associés divergent, ce qui est presque inévitable sur le long terme, la holding individuelle devient un outil d'optimisation fiscale accessible et pertinent, indépendamment de la taille de l'entreprise.