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Quelle différence de charges sociales existe-t-il entre la SAS et la SARL pour un dirigeant ?

Le choix de la structure juridique a un impact direct sur le coût social de la rémunération. En SAS ou en SASU, le dirigeant est assimilé salarié. Il bénéficie d'un bulletin de paie et d'une protection sociale proche de celle d'un salarié classique, à l'exception de l'assurance chômage. En contrepartie, les cotisations sociales représentent environ 80 % de la rémunération nette versée, ce qui reste un niveau de charge élevé.

En SARL ou en EURL, le gérant majoritaire relève du statut de travailleur non salarié, rattaché à la sécurité sociale des indépendants. Les cotisations sociales sont alors plus proches de 45 % de la rémunération jusqu'au plafond annuel de la sécurité sociale, communément appelé le PASS. Pour un même budget disponible dans l'entreprise, ce statut permet donc de dégager une rémunération nette sensiblement plus élevée qu'en SAS.

À titre d'exemple concret, se verser 5 000 € nets par mois nécessite un budget annuel d'environ 87 000 € en SARL, contre environ 106 000 € en SASU, soit un écart d'environ 19 000 € pour un résultat identique en net perçu. Le choix du statut n'est donc jamais neutre et doit être pensé en amont, en fonction du budget réellement disponible dans la société.

Comment estimer le budget nécessaire pour une rémunération nette cible selon sa structure ?

Une fois le statut social choisi, il faut raisonner en ratio, c'est-à-dire en pourcentage du budget qui finit réellement dans la poche du dirigeant une fois les cotisations sociales et l'impôt sur le revenu payés. Pour une rémunération de 5 000 € nets par mois pour une personne célibataire sans enfant, l'impôt sur le revenu s'élève à environ 9 300 € par an, avec des tranches marginales d'imposition à 0 %, 11 % puis 30 %.

En rapportant le net final au budget engagé, le ratio obtenu est d'environ 47 % en SASU contre environ 57 % en SARL. À titre de comparaison, un accompagnement patrimonial bien construit permet le plus souvent d'atteindre un ratio net final supérieur à 60 % du budget total engagé par la société. Au-delà de 65 %, l'optimisation devient en revanche beaucoup plus complexe à mettre en œuvre. L'objectif réaliste pour un entrepreneur est donc de viser un ratio proche de 60 %, en conciliant rémunération nette, retraite et protection sociale.

Pourquoi le foyer fiscal doit il déterminer le niveau de rémunération du dirigeant ?

Une même rémunération n'a pas le même impact fiscal selon que le dirigeant est célibataire sans enfant ou marié avec plusieurs enfants. Le foyer fiscal détermine en effet le nombre de parts utilisées pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Un couple marié ou pacsé dispose de deux parts, auxquelles s'ajoutent 0,5 part pour le premier et le deuxième enfant, puis une part entière à partir du troisième enfant.

Ce mécanisme, appelé quotient familial, permet de réduire la pression fiscale, mais il reste plafonné à 1 759 € par demi part. Il n'est donc pas possible d'annuler indéfiniment son imposition en augmentant le nombre d'enfants. Cela signifie concrètement que deux associés d'une même société, touchant chacun la même rémunération, peuvent avoir un net perçu très différent selon leur situation familiale. C'est pourquoi la rémunération d'un dirigeant ne peut jamais être calquée sur celle d'un associé sans tenir compte de son propre foyer fiscal.

Comment calculer sa rémunération idéale en fonction des tranches d'imposition ?

La méthode consiste à partir des revenus déjà perçus par le foyer fiscal, puis à déterminer la rémunération qui permet de rester dans la tranche marginale d'imposition la plus avantageuse, sans jamais franchir la tranche à 41 %. Prenons l'exemple d'un foyer où le conjoint perçoit 24 000 € par an. Si l'objectif est de rester dans la tranche à 11 %, la rémunération du dirigeant doit être fixée à environ 41 144 € par an, soit environ 3 500 € par mois, et non 5 000 €.

Si l'objectif est cette fois de remplir la tranche à 30 %, considérée comme plus avantageuse qu'une distribution de dividendes soumise à la flat tax dans certains cas, la rémunération annuelle peut alors monter jusqu'à environ 162 000 €, toujours pour le même foyer fiscal de référence. L'enjeu n'est donc pas de maximiser la rémunération en valeur absolue, mais de la caler précisément sur les tranches à 11 % ou à 30 %, en évitant systématiquement la tranche à 41 %.

Lorsque le conjoint perçoit lui-même des revenus élevés, par exemple supérieurs à 150 000 € par an, la logique s'inverse. Il devient alors préférable pour le dirigeant de réduire sa propre rémunération au strict minimum, car tout complément de revenu serait taxé directement à la tranche marginale la plus élevée. À l'inverse, lorsque le conjoint ne perçoit que peu ou pas de revenus, le dirigeant peut aller chercher les tranches à 11 % puis à 30 % sans les dépasser.

Faut-il utiliser le plan d'épargne retraite pour limiter la tranche à 41 % ?

Le plan d'épargne retraite, ou PER, permet de déduire les versements du revenu imposable et peut sembler séduisant pour limiter l'impact de la tranche à 41 %. Cette approche doit toutefois être maniée avec prudence. Se verser une rémunération supplémentaire dans le seul but de la reverser immédiatement sur un PER génère des cotisations sociales inutiles pour la société, sans réel bénéfice net pour le dirigeant.

Préparer sa retraite reste une démarche pertinente, mais elle doit s'appuyer sur les revenus déjà perçus au cours de l'année plutôt que sur une rémunération artificiellement gonflée pour l'occasion. Dans de nombreux cas, il est plus efficace de capitaliser les excédents de trésorerie au sein de la société, par exemple via une holding, plutôt que de les faire transiter inutilement par une rémunération soumise à charges sociales.

Comment optimiser sa rémunération lorsque plusieurs associés ou un conjoint ont des revenus différents ?

Lorsqu'une société compte plusieurs associés, il est fréquent de raisonner en budget global plutôt qu'en rémunération identique pour chacun. Deux associés à parts égales peuvent en effet avoir un net perçu très différent pour un même montant brut, selon que l'un est célibataire sans enfant et l'autre marié avec trois enfants. Un exemple parlant illustre bien ce phénomène. Pour une rémunération identique de 10 000 € par mois, l'un des deux associés peut voir la quasi-totalité du montant absorbée par l'impôt et les charges, tandis que l'autre en conserve une part beaucoup plus importante.

La solution consiste souvent à mettre en place une holding au-dessus de la société d'exploitation, permettant à chaque associé de percevoir un mandat de direction rémunéré de façon indépendante, en cohérence avec son propre foyer fiscal. Cette organisation permet à chacun d'optimiser sa situation individuelle sans pénaliser l'autre associé, tout en gardant une vision globale et cohérente de la stratégie patrimoniale du groupe.

Cette logique s'applique également au sein d'un couple lorsque les deux conjoints sont eux-mêmes entrepreneurs, chacun avec sa propre société. Dans ce cas, il est recommandé de piloter les deux rémunérations de façon coordonnée plutôt qu'indépendante, en simulant l'impact global sur le foyer fiscal avant de fixer un montant. Un conjoint peut par exemple se rémunérer davantage une année donnée si l'autre traverse une période plus creuse, de manière à lisser le revenu global du foyer et à limiter les changements brutaux de tranche marginale d'imposition d'une année sur l'autre.

Quelles sont les erreurs fréquentes à éviter dans la construction de sa rémunération ?

Au-delà des calculs techniques, l'expérience du terrain montre que certaines erreurs reviennent très régulièrement chez les entrepreneurs, quel que soit leur secteur d'activité. Ces erreurs partagent un point commun, elles résultent presque toujours d'une réflexion menée trop rapidement ou isolément, sans prendre en compte l'ensemble de la situation patrimoniale et familiale du dirigeant. Les identifier permet d'éviter des pertes fiscales et sociales évitables, parfois pendant plusieurs années consécutives.

La première erreur consiste à copier le montant de rémunération d'un confrère ou d'un associé sans tenir compte de sa propre situation familiale et patrimoniale. Deux dirigeants d'un même secteur, avec un chiffre d'affaires comparable, peuvent avoir des besoins de trésorerie personnelle totalement différents. L'un peut avoir un projet immobilier nécessitant un revenu régulier justifiant un emprunt, tandis que l'autre, déjà propriétaire, peut privilégier l'investissement financier via sa société plutôt qu'une rémunération élevée.

La deuxième erreur récurrente consiste à suivre aveuglément un conseil consistant à augmenter sa rémunération uniquement pour alimenter un produit d'épargne comme le PER, sans mesurer le surcoût social que cela engendre pour la société. Un expert-comptable, focalisé sur la seule dimension fiscale, peut recommander cette approche sans intégrer la vision globale du patrimoine du dirigeant, alors qu'un accompagnement patrimonial cherche justement à raisonner sur l'ensemble des flux, rémunération, dividendes, épargne salariale et capitalisation en société.

La troisième erreur consiste à ignorer la tranche marginale d'imposition du foyer et à se rémunérer par habitude ou par confort psychologique, en visant un chiffre rond comme 5 000 € par mois, sans vérifier si ce montant fait basculer le foyer fiscal dans la tranche à 41 %. Ce réflexe peut coûter plusieurs milliers d'euros par an en fiscalité inutile, alors qu'un ajustement de quelques centaines d'euros suffirait parfois à rester dans une tranche plus favorable.

Enfin, la dernière erreur fréquente concerne les couples d'entrepreneurs ou les foyers à double revenu, où chacun décide de sa rémunération de son côté sans concertation. Une bonne pratique consiste à raisonner à l'échelle du foyer fiscal dans son ensemble, en répartissant intelligemment les revenus entre les deux conjoints pour optimiser le quotient familial et éviter que l'un ne soit pénalisé pendant que l'autre bénéficie d'une fiscalité plus douce. Cette réflexion collective permet souvent de dégager plusieurs points de ratio net supplémentaires pour le foyer.

Conclusion

Adapter sa rémunération à sa situation personnelle demande donc de croiser plusieurs paramètres, la structure juridique de l'entreprise, le foyer fiscal, les tranches d'imposition, les objectifs de vie et la stratégie d'investissement. Il n'existe pas de montant universel qui conviendrait à tous les entrepreneurs, et viser un ratio net perçu proche de 60 % du budget engagé constitue un objectif réaliste et ambitieux. Pour aller plus loin sur ce sujet, nous vous invitons à écouter notre podcast L'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcasts.

Foire aux questions

Faut-il forcément se rémunérer 5 000 € par mois quand on est entrepreneur ?

Non, ce montant n'a aucune valeur universelle. La rémunération doit être calculée en fonction du foyer fiscal, du statut juridique de la société et des objectifs patrimoniaux du dirigeant.

Quelle structure permet de payer moins de charges sociales, la SAS ou la SARL ?

La SARL et l'EURL, avec le statut de travailleur non salarié, entraînent des cotisations sociales plus faibles, de l'ordre de 45 % contre environ 80 % en SAS assimilé salarié.

Pourquoi le foyer fiscal influence-t-il le montant idéal de rémunération ?

Parce que le nombre de parts fiscales et les revenus du conjoint déterminent la tranche marginale d'imposition applicable, ce qui change directement le montant net perçu pour une même rémunération brute.

Quelle tranche marginale d'imposition faut-il éviter en priorité ?

Il est recommandé d'éviter autant que possible la tranche à 41 %, en calant la rémunération sur la tranche à 11 % ou à 30 % selon la situation du foyer fiscal.

Le plan d'épargne retraite est-il toujours une bonne stratégie pour un dirigeant ?

Pas nécessairement. Augmenter sa rémunération uniquement pour alimenter un PER génère des charges sociales inutiles, alors que capitaliser via la société ou une holding peut être plus efficace.

Comment gérer la rémunération quand plusieurs associés ont des situations familiales différentes ?

La mise en place d'une holding avec des mandats de direction distincts permet à chaque associé d'adapter sa rémunération à son propre foyer fiscal, sans pénaliser les autres associés de la société.

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