Quels impôts un entrepreneur doit-il vraiment payer ?
Un entrepreneur fait face à plusieurs couches d'imposition qui s'empilent. La première est l'impôt sur les sociétés, qui frappe le bénéfice de l'entreprise. Il comporte 2 taux à retenir, soit 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice et 25 % au-delà de ce montant. Vient ensuite la rémunération que le dirigeant se verse. Elle supporte des cotisations sociales, différentes selon que l'on est assimilé salarié dans une SAS ou travailleur non salarié dans une SARL, une EURL ou une SASU, puis elle tombe dans le foyer fiscal et subit l'impôt sur le revenu, avec un barème progressif de 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %.
Enfin, si l'on choisit de se distribuer le reliquat de bénéfice sous forme de dividendes, la flat tax de 31,4 % s'applique. Attention, elle vient après l'impôt sur les sociétés et non à la place de celui ci. Quand on parle de dividendes, il ne faut donc pas retenir uniquement 31,4 %, car il faut d'abord enlever 15 % ou 25 % d'impôt sur les sociétés. De plus, en SAS, aucune cotisation sociale ne donne de droits pour la retraite sur ces dividendes. C'est précisément sur ces mécanismes que l'on peut jouer pour optimiser la rémunération d'un dirigeant.
Pourquoi le 100 % dividendes est souvent une mauvaise stratégie ?
Beaucoup d'entrepreneurs se versent uniquement des dividendes parce qu'ils en ont assez de payer des charges sociales et de l'impôt sur le revenu. Prenons un budget de 150 000 € de valeur créée dans l'entreprise. En SAS, avec une rémunération 100 % en dividendes, on distribue environ 116 000 € après impôt sur les sociétés, on paie 36 000 € de flat tax et 6 000 € de taxe PUMA, et il reste 74 000 € nets dans la poche. Le montant cotisé pour la retraite est de 0 €.
À budget identique, une rémunération 100 % en EURL permet de conserver 82 000 € nets, tout en cotisant suffisamment pour viser une retraite supérieure à 2 500 € par mois. Dans un cas on a moins d'argent et aucune retraite, dans l'autre on a plus d'argent et des droits. L'erreur vient souvent d'une comparaison trop rapide des taux, qui oublie que la rémunération versée avant le bilan réduit le bénéfice et donc l'impôt sur les sociétés à payer.
Le SMIC puis les dividendes est-il une bonne option ?
La deuxième stratégie très répandue consiste à se verser un SMIC pour valider ses trimestres de retraite, puis à tout distribuer en dividendes. Sur le même budget de 150 000 €, on arrive à 78 000 € nets au lieu de 82 000 €, avec une retraite estimée à moins de 1 000 € par mois. Même en SAS, on cotise très peu avec un SMIC. On se retrouve donc avec un net inférieur et une retraite insuffisante, et sans épargne retraite par capitalisation, il ne reste que très peu de ressources à la fin de la carrière.
Que se passe-t-il vraiment quand on verse des dividendes en SARL ?
La troisième stratégie, souvent adoptée par peur, consiste à ne jamais verser de dividendes en SARL ou en EURL. La règle est pourtant simple. En SAS, les dividendes sont taxés à 31,4 % quel que soit le montant. En SARL, la flat tax ne s'applique que sur la partie inférieure à 10 % du capital social. Au-delà, les dividendes sont soumis aux cotisations sociales, comme la rémunération. Avec un capital social de 1 000 € ou 2 000 €, quasiment tout est donc concerné.
Ce n'est pas un blocage, car ces cotisations ouvrent des droits à la retraite. Surtout, les cotisations des travailleurs non salariés sont dégressives lorsque les revenus deviennent importants. Pour quelqu'un qui perçoit déjà 150 000 € de rémunération et souhaite sortir 150 000 € de dividendes, le taux de cotisation sur ces dividendes se situe plutôt autour de 30 %, voire 25 %, au lieu de 45 %. Ces cotisations sont en plus déductibles du résultat, ce qui peut rendre la SARL plus avantageuse que la SAS.
Combien peut-on gagner en arbitrant entre salaire et dividendes ?
Prenons un budget de 300 000 €. Avec une rémunération 100 % en gérance, soit environ 224 000 €, le dirigeant paie 76 000 € de cotisations et 74 000 € d'impôt sur le revenu, et conserve 149 000 € nets. Concrètement, la moitié du budget part en prélèvements. Si ce même dirigeant limite sa rémunération à 95 000 € avant charges, de façon à ne pas dépasser la tranche marginale à 30 %, et verse le reste en dividendes, soit 105 000 €, les cotisations atteignent 70 000 € mais l'impôt sur le revenu tombe à 35 000 €. Le net grimpe alors à environ 165 000 €, soit 16 000 € de plus.
Il n'a pas travaillé davantage, il a simplement arbitré. Et sa retraite reste la même, puisque les dividendes ont été soumis aux mêmes cotisations sociales, le capital social étant ici de 1 €. Le même raisonnement vaut avec un capital de 1 000 €, où 10 % ne représentent que 100 €. En pratique, les dividendes en SARL deviennent très intéressants à partir de la tranche marginale d'imposition à 41 %, ce que l'on atteint vite en profession libérale ou comme gérant majoritaire d'une entreprise qui fonctionne bien.
Pourquoi faut-il éviter de dépasser la tranche à 30 % de l'impôt sur le revenu ?
La tranche à 30 % est le véritable repère à garder en tête pour choisir sa rémunération. Elle dépend de la composition du foyer fiscal. Un célibataire ne doit pas dépasser environ 80 000 € pour y rester de façon certaine, tandis qu'une personne mariée avec enfants dispose d'une marge plus large, qui varie selon les autres revenus du foyer, notamment ceux du conjoint.
Si vous souhaitez sortir davantage tout en préparant votre retraite, le plan d'épargne retraite offre une solution. Un versement de 10 000 €, qui aurait été taxé à 41 %, est déduit de la base imposable. L'argent est sorti de l'entreprise, logé dans un PER et bloqué jusqu'à la retraite, mais il n'est pas taxé à l'entrée. Pour continuer à développer son patrimoine sans dépasser la tranche à 30 %, on peut aussi laisser le surplus dans une holding afin de l'investir sur la durée, sans rester bloqué par le barème.
Conclusion
Se rémunérer intelligemment ne consiste pas à choisir la stratégie la plus répandue, mais à comparer, chiffres en main, l'impôt sur les sociétés, les cotisations, l'impôt sur le revenu et la retraite obtenue. Le 100 % dividendes, le SMIC suivi de dividendes et le refus de tout dividende en SARL sont autant de pièges coûteux. Un arbitrage réfléchi entre salaire et dividendes, complété si besoin par un PER ou une holding, peut faire gagner plusieurs milliers d'euros par an. Pour aller plus loin, nous vous invitons à écouter notre podcast L'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcasts.
FAQ sur la rémunération du dirigeant
Quels sont les taux de l'impôt sur les sociétés ?
Le taux est de 15 % sur les 42 500 premiers € de bénéfice, puis de 25 % au-delà.
Les dividendes sont-ils toujours taxés à 31,4 % ?
En SAS, oui. En SARL, ce taux ne s'applique qu'à la part inférieure à 10 % du capital social, le reste étant soumis aux cotisations sociales.
Le 100 % dividendes permet-il d'économiser des charges ?
Sur un budget de 150 000 €, il laisse environ 74 000 € nets sans aucune retraite, contre environ 82 000 € avec une rémunération en EURL.
À partir de quand les dividendes en SARL deviennent ils intéressants ?
Ils le deviennent à partir de la tranche marginale d'imposition à 41 %, car les cotisations dégressives réduisent fortement la charge.
Quelle tranche d'impôt sur le revenu faut-il viser ?
Il faut éviter de dépasser la tranche à 30 %, soit environ 80 000 € de revenus pour un célibataire. Au-delà, un PER permet de déduire jusqu'à 10 000 € supplémentaires.
Que faire des bénéfices que l'on ne souhaite pas sortir ?
On peut les faire remonter dans une holding afin de les investir sur la durée sans augmenter son impôt sur le revenu.



