Cas concret : un client perd plus de 400 000 € en 10 ans
Ce client était suivi en banque privée depuis une dizaine d’années. Il avait investi environ 1 million d’euros, principalement via un contrat d’assurance vie, avec un objectif clair : faire fructifier son capital sur le long terme en vue de sa transmission.
Son profil de risque était équilibré à offensif, avec une allocation diversifiée : une part en fonds euros, une majorité en actions, et une poche de fonds flexibles. Sur le papier, une stratégie cohérente.
Après analyse complète, en intégrant l’ensemble des frais réellement supportés, sa performance nette annualisée ressort à 2,5 % par an. Au bout de 10 ans, son capital atteint environ 1 280 000 euros, soit un gain de 280 000 euros.
Présentée ainsi, la performance semble honorable. Pourtant, elle est en réalité très en deçà de ce qu’il aurait été possible d’obtenir avec une allocation équivalente mais optimisée.
Le vrai problème : l’accumulation de frais souvent invisibles
Le premier facteur d’érosion de la performance réside dans la structure des frais. Pris individuellement, ils peuvent sembler acceptables. Mais cumulés, ils deviennent extrêmement pénalisants.
On retrouve d’abord les frais de gestion du contrat, généralement autour de 1 % par an. Ils sont classiques et relativement incompressibles. Le problème ne vient pas de là.
En revanche, s’ajoutaient dans ce cas précis des frais de gestion sous mandat d’environ 0,75 % par an. Particularité notable : ces frais s’appliquaient à l’ensemble du contrat, y compris sur les fonds euros, qui ne nécessitent pourtant aucune gestion active.
À cela s’ajoutaient des frais d’arbitrage de 1 % à chaque mouvement. En pratique, environ 25 % du portefeuille était arbitré chaque année, ce qui représentait un coût supplémentaire de 0,25 % par an.
Enfin, comme c’est souvent le cas en banque privée, un forfait annuel était prélevé directement sur le compte courant du client. Ce type de frais, rarement intégré dans le calcul de performance, contribue pourtant bien à réduire la rentabilité globale.
Au total, le client supportait plus de 2 % de frais annuels récurrents, sans même compter certains coûts indirects.
Le coût invisible le plus important : le manque à gagner
Mais le véritable problème n’est pas toujours là où on l’imagine. Les frais sont visibles, mesurables. En revanche, le manque à gagner lié à la qualité des supports d’investissement est beaucoup plus difficile à percevoir.
Dans ce dossier, la majorité des supports proposés étaient des fonds “maison”, c’est-à-dire des fonds gérés par la banque elle-même. Ce choix n’est pas neutre : il s’explique en grande partie par un mécanisme de rétrocessions qui incite les établissements à privilégier leurs propres produits.
Or, ces fonds ne sont pas nécessairement les plus performants du marché. L’analyse comparative montre ici un écart de performance d’environ 2 % par an par rapport à des supports plus compétitifs, notamment certains ETF ou fonds externes de qualité.
Le problème, c’est que ce manque à gagner passe totalement inaperçu pour l’épargnant. Lorsque son contrat affiche +4 %, il se considère satisfait. Mais il ignore souvent qu’il aurait pu obtenir 6 % avec une sélection plus rigoureuse.
C’est précisément cet écart invisible qui, sur la durée, détruit le plus de valeur.
Gestion sous mandat : un service survalorisé ?
La gestion sous mandat est souvent présentée comme un service haut de gamme. L’idée est séduisante : déléguer la gestion à des experts capables d’arbitrer en fonction des conditions de marché.
Dans la réalité, les performances observées sont rarement supérieures aux indices de référence, et souvent inférieures. Par ailleurs, le modèle de rémunération peut créer des biais : multiplier les arbitrages peut générer davantage de frais, indépendamment de leur pertinence.
Une autre dérive plus récente concerne les gestions sous mandat intégrant des ETF. Ces supports sont réputés pour leurs faibles coûts. Pourtant, certaines offres facturent plus de 1 % de frais supplémentaires pour gérer une allocation pourtant largement automatisable.
Dans certains cas, ces allocations dites “ETF” intègrent en réalité une majorité de fonds classiques, beaucoup plus chargés en frais. Le positionnement marketing ne reflète alors pas la réalité du portefeuille.
Comment améliorer concrètement la performance de ses investissements ?
Face à ce constat, plusieurs leviers simples peuvent être activés pour améliorer significativement la performance nette.
Le premier consiste à supprimer les frais inutiles. La gestion sous mandat peut être remplacée par une gestion conseillée, permettant de conserver une stratégie cohérente tout en réduisant les coûts. De la même manière, les arbitrages doivent être réalisés uniquement lorsqu’ils sont justifiés, et non pour générer des frais.
Le second levier concerne la sélection des supports. Une allocation efficace repose généralement sur un équilibre entre ETF, particulièrement pertinents sur les marchés actions larges, et fonds actifs sélectionnés pour leur capacité à surperformer sur certaines niches.
Enfin, il est essentiel de passer d’une gestion subie à une gestion comprise. L’investisseur doit savoir ce qu’il détient, pourquoi il le détient, et combien cela lui coûte réellement.
Résultat : un écart de performance colossal
En appliquant ces ajustements, il est possible d’améliorer significativement la rentabilité d’un portefeuille sans nécessairement augmenter le niveau de risque.
Dans le cas étudié, la performance annuelle aurait pu être portée à environ 5,5 %. Sur une période de 10 ans, cela aurait conduit à un capital final proche de 1 700 000 euros.
L’écart avec la situation initiale est considérable : plus de 400 000 euros de différence. Et encore, cette estimation reste prudente au regard des performances observées sur certaines classes d’actifs au cours de la période.
Ce type d’écart illustre parfaitement la puissance des intérêts composés… mais aussi leur revers lorsqu’ils sont pénalisés par des frais excessifs ou des choix d’investissement sous-optimaux.
Banque privée, courtiers : tous concernés ?
Il serait simpliste de pointer uniquement du doigt les banques privées. Certaines offrent des services de qualité et un accompagnement pertinent, notamment sur les aspects juridiques et patrimoniaux.
Cependant, leur modèle économique peut générer des biais dans la sélection des supports et la structure des frais.
Du côté des courtiers, les dérives existent également. Certaines allocations sont fortement orientées vers des produits fortement commissionnés, comme les SCPI ou les produits structurés, parfois au détriment de la cohérence globale du portefeuille.
Dans tous les cas, la vigilance de l’investisseur reste essentielle.
Ce qu’il faut retenir avant d’investir
La première règle consiste à toujours raisonner en performance nette de frais. C’est le seul indicateur réellement pertinent pour mesurer l’efficacité d’une stratégie.
Ensuite, il est crucial de ne pas se focaliser uniquement sur les frais visibles. Le manque à gagner lié à une mauvaise sélection de supports est souvent bien plus pénalisant.
Enfin, toute allocation doit être cohérente avec le profil de risque de l’investisseur. La performance n’a de sens que si elle est obtenue dans un cadre maîtrisé.
Au-delà des discours commerciaux, une bonne gestion patrimoniale repose avant tout sur la transparence, la rigueur et l’alignement des intérêts.
Pour aller plus loin, retrouvez notre épisode de L’Art de la Gestion Patrimoniale et Financière consacré aux frais en banque privée et à leur impact sur la performance, avec Axel Gaudet, expert financier du cabinet Bonnet & Doyen Conseil.
Dans cet épisode, nous analysons en détail un cas client réel ayant subi une forte érosion de performance liée à l’accumulation de frais et à une allocation sous-optimale. Nous revenons notamment sur les mécanismes des frais de gestion, des arbitrages et de la gestion sous mandat, mais aussi sur le rôle des fonds “maison” et le manque à gagner souvent invisible pour les investisseurs.
Nous expliquons également comment identifier ces dérives, comparer une performance réellement nette de frais, et surtout quelles solutions concrètes mettre en place pour améliorer durablement la rentabilité de ses investissements, sans nécessairement augmenter le niveau de risque.
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FAQ : Frais en banque privée et performance des investissements
Comment savoir si je paie trop de frais sur mon contrat ?
Le bon réflexe consiste à reconstituer une vision globale de tous les frais, y compris ceux qui ne figurent pas directement sur le contrat (comme les forfaits bancaires ou certaines commissions prélevées ailleurs). Ensuite, comparez votre performance nette à des indices de référence cohérents avec votre allocation. Si l’écart est significatif et durable, il y a de fortes chances que les frais ou les supports utilisés soient en cause.
Est-il normal de ne pas connaître précisément tous ses frais ?
Oui… mais cela ne devrait pas l’être. Beaucoup d’épargnants ont une vision partielle des frais qu’ils supportent, car ceux-ci sont fragmentés entre plusieurs supports ou peu mis en avant dans les reportings. Une bonne gestion patrimoniale implique au contraire une transparence totale sur les coûts, exprimés en pourcentage mais aussi en euros.
Les banques privées sont-elles toujours plus chères que les autres solutions ?
Pas nécessairement. Certaines offres peuvent être compétitives, notamment pour des patrimoines très importants bénéficiant de conditions négociées. En revanche, pour des encours plus modestes, le poids des frais fixes et des services packagés peut rapidement devenir pénalisant en proportion du capital investi.
Faut-il privilégier une gestion autonome pour réduire les frais ?
Pas systématiquement. Réduire les frais est important, mais encore faut-il que les décisions d’investissement soient cohérentes et adaptées. Une gestion autonome peut être pertinente pour un investisseur expérimenté, mais pour beaucoup d’épargnants, un accompagnement de qualité permet d’éviter des erreurs coûteuses, parfois bien plus pénalisantes que les frais eux-mêmes.
À partir de quel montant la banque privée devient-elle intéressante ?
Il n’existe pas de seuil universel, mais la pertinence dépend surtout du rapport entre les services apportés et leur coût réel. La banque privée prend tout son sens lorsqu’elle apporte une vraie valeur ajoutée en ingénierie patrimoniale (transmission, structuration, fiscalité internationale), bien au-delà de la simple gestion financière.
Les frais peuvent-ils être négociés ?
Oui, et c’est même une pratique courante, en particulier sur des encours importants. Les frais d’entrée, certains frais de gestion ou encore les conditions de mandat peuvent être discutés. Cependant, tous les frais ne sont pas toujours visibles ni négociables, d’où l’importance d’avoir une vision globale avant toute négociation.
Comment comparer deux solutions d’investissement entre elles ?
La seule manière pertinente consiste à comparer des performances nettes de frais, sur une durée suffisamment longue, et à niveau de risque équivalent. Une performance plus élevée n’a de sens que si elle est obtenue dans des conditions comparables. Il est donc essentiel d’analyser à la fois l’allocation, la volatilité et les frais associés.
Les frais sont-ils plus importants que le choix des supports ?
Les deux sont indissociables. Des frais élevés peuvent pénaliser la performance, mais de mauvais supports peuvent être encore plus destructeurs de valeur. Une stratégie efficace consiste à maîtriser les coûts tout en sélectionnant rigoureusement les investissements, plutôt que d’optimiser un seul de ces deux paramètres.
Peut-on améliorer la performance sans prendre plus de risque ?
Oui, dans de nombreux cas. Une meilleure allocation, une diversification plus pertinente ou une réduction des frais inutiles permettent souvent d’améliorer le rendement sans modifier significativement le profil de risque. C’est d’ailleurs l’un des leviers les plus puissants en gestion patrimoniale.










