Le PER pour préparer sa retraite

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Le PER pour préparer sa retraite
Le PER pour préparer sa retraite

Retraite par répartition vs capitalisation : pourquoi notre génération est la grande perdante ?

Pour comprendre l'urgence, il faut d'abord déconstruire un mythe tenace : celui selon lequel les cotisations que vous versez chaque mois seraient placées quelque part, en attente de vous être restituées à votre départ à la retraite. C'est faux. Le système français de retraite par répartition fonctionne selon un principe intergénérationnel : les actifs d'aujourd'hui financent directement les retraités d'aujourd'hui. Ce sont vos cotisations actuelles qui paient la retraite de vos parents et de vos grands-parents. Et demain, ce seront les cotisations de vos enfants qui devraient financer la vôtre.

Ce mécanisme a parfaitement fonctionné lorsque la pyramide démographique était solide, c'est-à-dire lorsqu'un nombre suffisant d'actifs pouvait soutenir une population retraitée plus limitée. Or cette réalité s'est profondément transformée. Le taux de natalité, qui atteignait 2,6 en 1990, est tombé à 2,02 en 2004, puis à 1,67 aujourd'hui. Cette chute continue de la natalité réduit mécaniquement la base d'actifs disponibles pour financer des retraites dont le coût total dépasse désormais 353 milliards d'euros par an, pour 17 millions de retraités.

Les retraités actuels bénéficient d'une retraite moyenne de 1 512€ par mois. Ce chiffre peut paraître modeste, mais il représente en réalité une forme de chance historique que les générations suivantes ne connaîtront très probablement pas dans les mêmes conditions. Car avec un ratio actifs-retraités qui continue de se dégrader, le système par répartition, tel qu'il existe aujourd'hui, ne pourra pas survivre inchangé. Les leviers possibles sont connus : repousser l'âge légal de départ à la retraite, réduire les montants des pensions, ou encore introduire une part de capitalisation obligatoire ou incitative. Certains pays voisins ayant affronté le même déficit de natalité ont déjà tranché : âge de départ fixé à 70 ans, assorti de systèmes par capitalisation permettant aux individus de partir plus tôt grâce à leur épargne personnelle.

Le débat public français se fige encore sur l'âge de départ à la retraite, alors que la vraie question est ailleurs : aurons-nous, tout simplement, une retraite ? Pour les indépendants, les chefs d'entreprise et les professions libérales, qui ont en plus des taux de remplacement structurellement inférieurs à ceux des salariés du privé ou du public, cette question est encore plus pressante. La retraite par capitalisation n'est plus une option parmi d'autres : elle est, pour toute une génération, le seul chemin crédible vers une retraite digne.

Combien peut-on épargner réellement avec le PER et l'assurance vie combinés ?

C'est précisément pour répondre à ce défi que le plan d'épargne retraite a été conçu, et en particulier réformé par la loi Pacte. Le PER constitue aujourd'hui la première brique concrète de la retraite par capitalisation pour les Français. Son principal attrait tient à son avantage fiscal à l'entrée : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite des plafonds légaux. Concrètement, si vous versez 10 000€ sur votre PER et que votre tranche marginale d'imposition est de 41 %, vous économisez immédiatement 4 100€ d'impôt. À 45 %, l'économie atteint 4 500€. Le PER devient particulièrement pertinent dès la tranche à 30 %, soit pour un célibataire disposant d'un revenu annuel supérieur à environ 33 000€.

Mais l'erreur la plus fréquente consiste à considérer cette économie d'impôt comme un simple gain ponctuel, et à s'arrêter là. La stratégie réellement puissante consiste à réinvestir immédiatement cette économie fiscale dans une seconde enveloppe d'épargne, typiquement un contrat d'assurance vie. En procédant ainsi, un investissement initial de 10 000€ sur le PER génère 4 100€ d'économie d'impôt, que l'on place en parallèle sur l'assurance vie. La capacité d'investissement réelle devient donc 14 100€, pour un effort de trésorerie de 10 000€ seulement. L'État avance, en quelque sorte, une partie de votre effort d'épargne.

Sur un horizon de 25 ans, en démarrant entre 35 et 40 ans avec un profil d'investissement dynamique visant un rendement moyen de 8 % par an, cette stratégie double enveloppe peut vous offrir une liberté financière considérable à la retraite, bien au-delà des 1 500€ par mois que le système par répartition ne pourra probablement plus garantir.

Cette stratégie PER et assurance vie n'est pas réservée aux très hauts revenus. Même avec 3 000€ de versements annuels, et surtout si l'on commence tôt, à 20 ou 25 ans plutôt qu'à 40 ans, les intérêts composés font leur travail sur le long terme. La force de cette approche réside aussi dans l'autonomie qu'elle confère. Contrairement au système par répartition, vous restez maître de votre capital, de vos arbitrages, et de vos décisions de sortie. Aucun gouvernement, aucune réforme future ne peut vous retirer ce que vous avez vous-même constitué.

Il convient néanmoins de souligner un point d'attention : le PER n'est pas un placement liquide à court terme. Les fonds sont en principe bloqués jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi (acquisition de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, etc.). Cette contrainte est en réalité une discipline salutaire pour les indépendants et chefs d'entreprise, souvent tentés de puiser dans leur épargne pour financer leur activité.

Fiscalité de sortie du PER : comment récupérer son épargne intelligemment à la retraite ?

Comprendre la fiscalité de sortie du PER est tout aussi important que maîtriser son avantage fiscal à l'entrée. Car l'économie d'impôt réalisée au moment des versements n'est pas définitive : elle est différée dans le temps. À la sortie, deux régimes fiscaux distincts s'appliquent selon la nature des sommes récupérées.

Le capital, c'est-à-dire les sommes que vous avez versées et sur lesquelles vous avez bénéficié d'une déduction fiscale, sera réintégré dans vos revenus imposables au moment de la sortie. Il sera donc soumis à votre tranche marginale d'imposition au moment de la retraite. Bonne nouvelle pour les actifs à revenus élevés aujourd'hui : à la retraite, les revenus diminuent généralement, et la tranche marginale d'imposition applicable sera souvent inférieure à celle de la vie active. L'arbitrage fiscal est donc doublement favorable. Vous déduisez à un taux élevé aujourd'hui, et vous serez imposé à un taux plus faible demain.

Les intérêts et les plus-values générés par votre PER au fil des années suivent quant à eux un régime différent : la flat tax, dont le taux est actuellement de 31,4 % sur les PER, s'applique uniquement sur ces gains. Là encore, l'impact réel dépendra des règles fiscales en vigueur au moment de votre retraite, qui auront très certainement évolué.

La grande nouveauté introduite par la loi Pacte, et sans doute l'une des plus précieuses, est la possibilité de sortir le capital en plusieurs fois plutôt qu'en une seule fois. Récupérer l'intégralité de son PER en un seul versement serait une erreur stratégique majeure sur le plan fiscal, car cela agrégerait en une année l'ensemble des sommes imposables, risquant de faire franchir des tranches d'imposition élevées. En revanche, des sorties fractionnées de 50 000 à 100 000€ par an permettent de lisser l'imposition sur plusieurs exercices, dans des conditions bien plus favorables.

Une autre stratégie mérite d'être mentionnée, celle des revenus complémentaires. Imaginons que vous vous soyez constitué une épargne financière (assurance-vie / PER) de 1 000 000€. Si vos 1 000 000€ d'épargne constituée sont placés à 5 % de rendement annuel moyen, ils génèrent 50 000€ de gains par an. En retirant uniquement ces gains, sans toucher au capital, vous vous assurez un revenu annuel net complémentaire d'environ 35 000€, après impôts, tout en préservant le capital pour la transmission ou pour des besoins futurs.

Le PER s'avère également un outil de prévoyance et de transmission souvent méconnu. Grâce à la clause bénéficiaire, en cas de décès avant la retraite, les sommes accumulées sont transmises à vos proches dans des conditions fiscales avantageuses, notamment avant vos 70 ans. Une dimension essentielle que ne propose pas la retraite par répartition : les cotisations versées pendant toute votre vie active n'ont, dans ce système, aucune valeur successorale. Si vous décédez peu après votre retraite, ces cotisations sont définitivement perdues pour vos héritiers, sous réserve des conditions très restrictives de la pension de réversion.

Conclusion : la retraite se prépare maintenant, pas demain

Le système de retraite par répartition a été l'une des grandes conquêtes sociales du XXe siècle. Mais il a été conçu dans un contexte démographique radicalement différent du nôtre. Avec une natalité en recul continu, un ratio actifs-retraités qui se dégrade, et un coût total du système qui dépasse les capacités de financement, il est illusoire de compter uniquement sur l'État pour assurer sa retraite, surtout lorsque l'on est chef d'entreprise, profession libérale ou travailleur non salarié.

Le plan d'épargne retraite, couplé à une stratégie d'assurance vie bien menée, offre aujourd'hui un cadre concret, accessible et fiscalement attractif pour bâtir sa propre retraite par capitalisation. Que vous puissiez épargner 3 000€ ou 15 000€ par an, l'essentiel est de commencer. Plus tôt vous agissez, plus les intérêts composés travaillent pour vous, et plus vous disposez d'une flexibilité réelle sur vos options de sortie.

Pour aller plus loin et découvrir en détail tous les mécanismes abordés dans cet article, les stratégies concrètes, les exemples chiffrés et les erreurs les plus fréquentes à éviter, retrouvez l'épisode complet sur la retraite dans notre podcast L'Art de la Gestion Patrimoniale, disponible sur YouTube, Spotify, Apple Podcast et Deezer. Un épisode à écouter sans attendre, parce que votre retraite, elle, n'attend pas.

FAQ — Questions fréquentes sur le plan d'épargne retraite

Le plan d'épargne retraite est-il intéressant pour un indépendant ou un chef d'entreprise ?

Oui, et particulièrement pour les travailleurs non salariés dont le taux de remplacement à la retraite est structurellement bas. Le PER permet de déduire les versements du revenu imposable, ce qui représente une économie fiscale immédiate d'autant plus élevée que la tranche marginale d'imposition est forte. C'est l'un des rares outils permettant de se constituer une retraite complémentaire tout en réduisant son impôt.

À partir de quel revenu le PER devient-il véritablement avantageux ?

Le PER présente un intérêt dès la tranche marginale d'imposition à 30 %, soit à partir d'environ 33 000€ de revenu net imposable pour un célibataire. L'avantage fiscal est maximal pour les contribuables à 41 % ou 45 %, qui économisent respectivement 4 100 et 4 500€ d'impôt pour 10 000€ versés.

Quelle différence entre la retraite par répartition et la retraite par capitalisation ?

Dans le système par répartition, vos cotisations financent directement les retraités actuels, sans être mises de côté pour vous. Dans le système par capitalisation, vous épargnez pour votre propre compte, sur des enveloppes comme le PER ou l'assurance vie, et vous récupérez le fruit de votre épargne à la retraite. Le second système vous donne la maîtrise de votre capital et protège votre épargne en cas de décès grâce à la clause bénéficiaire.

Comment fonctionne la fiscalité de sortie du PER ?

À la sortie, le capital versé (sur lequel une déduction fiscale a été obtenue) est réintégré dans les revenus et imposé selon votre tranche marginale d'imposition au moment de la retraite. Les gains et intérêts générés sont eux soumis à la flat tax de 31,4 %. Sortir en plusieurs fois son capital, plutôt qu'en une seule fois, est généralement la stratégie la plus avantageuse sur le plan fiscal.

Peut-on combiner PER et assurance vie pour préparer sa retraite ?

Absolument, et c'est même la stratégie recommandée. L'économie d'impôt obtenue grâce aux versements sur le PER peut être immédiatement réinvestie sur un contrat d'assurance vie. Cette double enveloppe permet d'augmenter sa capacité d'investissement réelle sans effort de trésorerie supplémentaire, tout en bénéficiant des avantages fiscaux et successoraux des deux supports.

Combien épargner par mois pour avoir une retraite confortable grâce au PER ?

Il n'existe pas de montant universel, mais chaque euro épargné tôt compte. Avec 3 000€ par an dès 25 ans, ou 10 000€ par an dès 38 ans sur un horizon de 25 ans à 8 % de rendement moyen, il est possible d'atteindre un capital de plus d'un million d'euros à la retraite. L'essentiel est de commencer, quelle que soit votre capacité d'épargne actuelle, et d'adopter une stratégie cohérente avec votre profil fiscal.