Articles

Comment les grandes fortunes vivent-elles à crédit sans payer d'impôt ?

Fonction

Conseiller en gestion de patrimoine

Auteur

date de l'article

Comment les grandes fortunes vivent-elles à crédit sans payer d'impôt ?
Comment les grandes fortunes vivent-elles à crédit sans payer d'impôt ?

Pourquoi se verser un gros salaire n'est-il pas la meilleure solution pour les hauts patrimoines ?

Pour une personne disposant d'un patrimoine financier important, la tentation pourrait être de se verser des revenus élevés afin de couvrir ses besoins de trésorerie. Cette approche se révèle pourtant peu efficace sur le plan fiscal. Dès qu'un revenu important est perçu, il est immédiatement soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, ce qui peut représenter une ponction considérable. Certes, il existe des dispositifs permettant de réduire cette charge, comme le plan d'épargne retraite, mais leur effet reste limité face à des montants conséquents.

De la même manière, réaliser de grosses plus-values en cédant des actifs financiers ou immobiliers expose à une taxation forte, notamment via la flat tax sur les revenus de capitaux mobiliers. Dans les deux cas, qu'il s'agisse de revenus du travail ou de plus-values de cession, l'argent qui sort du patrimoine pour financer un projet personnel est amputé d'une part significative avant même d'être disponible.

La logique adoptée par les grandes fortunes consiste donc à limiter au maximum la perception de revenus ou la réalisation de plus-values, et à se tourner vers des solutions de financement qui ne déclenchent aucun fait générateur d'imposition. C'est là qu'interviennent les mécanismes de crédit adossé au patrimoine, qui permettent d'obtenir des liquidités sans vendre quoi que ce soit.

Qu'est-ce que le crédit lombard et comment fonctionne-t-il ?

Le crédit lombard est sans doute le mécanisme le plus connu de cette approche. Son principe est simple à comprendre dans son fonctionnement global, même si sa mise en œuvre nécessite un accompagnement professionnel. Il s'agit d'un prêt accordé par une banque, garanti non pas par une assurance emprunteur classique, mais par les actifs financiers détenus par l'emprunteur, qu'il s'agisse d'un contrat d'assurance vie, d'un contrat de capitalisation, d'un compte-titres ou d'un portefeuille d'actions et d'obligations.

Concrètement, la banque accepte de prêter de l'argent en prenant en nantissement ces actifs financiers. En cas de défaut de remboursement, elle pourrait se servir directement sur ces placements pour récupérer les sommes prêtées. Pour l'emprunteur, l'avantage est double. D'une part, il obtient des liquidités sans avoir à vendre ses placements, et donc sans déclencher de plus-value imposable. D'autre part, ses actifs financiers continuent de produire du rendement pendant toute la durée du prêt, puisqu'ils restent investis.

Le montant pouvant être emprunté dépend directement de la nature des actifs apportés en garantie. Les actifs obligataires, considérés comme moins volatils, permettent généralement d'emprunter jusqu'à soixante-dix pour cent de leur valeur. À titre d'exemple, un portefeuille obligataire de cinq cent mille euros pourrait ainsi permettre d'obtenir un prêt d'environ trois cent cinquante mille euros. Les actifs actions, plus exposés aux fluctuations des marchés financiers, sont en revanche financés de manière plus prudente, généralement autour de cinquante pour cent de leur valeur. Un portefeuille d'actions de cinq cent mille euros permettrait donc d'emprunter environ deux cent cinquante mille euros. Ces taux restent indicatifs et peuvent varier selon le patrimoine global de l'emprunteur et la politique de chaque établissement bancaire.

Quels sont les risques et les précautions à connaître avec le crédit lombard ?

Le principal point de vigilance du crédit lombard concerne ce que l'on appelle l'appel de marge. Ce mécanisme intervient lorsque la valeur des actifs apportés en garantie diminue de manière significative, par exemple en cas de baisse importante des marchés financiers.

Prenons un exemple concret pour bien comprendre ce mécanisme. Un investisseur dispose d'un portefeuille boursier de cinq cent mille euros et a obtenu un prêt de deux cent cinquante mille euros, soit un ratio de financement de cinquante pour cent. Si la valeur de ce portefeuille chute à trois cent mille euros, soit une baisse d'environ quarante pour cent, la banque va automatiquement réévaluer le risque. Pour revenir à un ratio de cinquante pour cent entre le montant prêté et la valeur du portefeuille, elle pourrait exiger un remboursement partiel du prêt, ou demander à l'emprunteur de renforcer la garantie avec d'autres actifs.

Dans notre exemple, pour que le prêt de deux cent cinquante mille euros représente à nouveau cinquante pour cent d'un portefeuille désormais valorisé à trois cent mille euros, il faudrait que ce prêt ne dépasse pas cent cinquante mille euros, ce qui impliquerait un remboursement immédiat de cent mille euros. C'est précisément pour limiter ce risque que les détenteurs de portefeuilles importants privilégient une diversification entre actions, obligations et fonds en euros, plutôt que de concentrer leur garantie sur une seule classe d'actifs très volatile.

Un autre principe essentiel à retenir est que cette stratégie n'a de sens que si le rendement généré par les actifs placés est supérieur au taux d'intérêt du crédit obtenu. Si le portefeuille rapporte par exemple entre quatre et six pour cent par an et que le crédit coûte moins que ce rendement, l'opération crée mécaniquement de la valeur tout en évitant l'imposition immédiate.

Comment les grands dirigeants financent-ils leur train de vie sans vendre leurs actions ?

Le deuxième mécanisme, encore plus emblématique, concerne les dirigeants et actionnaires détenant des participations importantes dans leur propre entreprise cotée. Lorsque l'on évoque la fortune de grands entrepreneurs internationaux, il s'agit presque toujours de la valorisation boursière de leurs participations, et non de liquidités disponibles immédiatement sur un compte bancaire.

Ces dirigeants peuvent obtenir des prêts en mettant en garantie une partie de la valorisation de leurs actions, sans avoir à les céder. Cette approche présente un double avantage. Elle leur évite de déclencher une plus-value imposable, souvent considérable au regard des montants en jeu, et elle leur permet de continuer à profiter de la croissance de la valeur de leur entreprise sur le long terme.

Il faut toutefois souligner que ce type de financement reste plus prudent du côté des établissements prêteurs, dans la mesure où la garantie repose sur une seule société, ce qui représente une concentration de risque plus importante qu'un portefeuille diversifié. Les quotités de financement accordées sont donc généralement inférieures à celles observées pour un portefeuille d'actions diversifié, mais les montants en valeur absolue restent suffisants pour financer un train de vie très confortable, tout en préservant le capital et en limitant fortement l'imposition sur les plus-values.

Comment fonctionne l'avance sur assurance vie et pourquoi est-elle souvent méconnue ?

La troisième stratégie, sans doute la plus accessible pour un grand nombre d'épargnants, concerne l'avance sur contrat d'assurance vie. Ce dispositif est prévu par les conditions générales de tous les contrats d'assurance vie en France, mais reste rarement utilisé, faute d'information suffisante.

L'avance consiste, pour l'assureur, à prêter à l'assuré une somme correspondant à une partie de la valeur de son contrat, généralement jusqu'à soixante pour cent. Concrètement, un contrat d'assurance vie valorisé à cent mille euros pourrait permettre d'obtenir une avance d'environ soixante mille euros. Cette somme est mise à disposition sans qu'aucun retrait ne soit effectué sur le contrat, ce qui signifie que l'épargne continue de produire des intérêts ou de la performance normalement.

Le taux d'intérêt appliqué à cette avance correspond généralement au taux moyen des emprunts d'État, majoré d'environ un point de marge pour l'assureur. À titre indicatif, ce taux se situait autour de quatre pour cent en 2025. L'avance est généralement consentie pour une durée de trois ans, renouvelable une fois, ce qui permet théoriquement de disposer de cette liquidité pendant six ans.

L'intérêt principal de cette solution réside dans la comparaison avec un rachat partiel classique sur le contrat. Un rachat déclenche en effet une fiscalité sur la part de plus-value comprise dans le retrait, et fait sortir définitivement cette somme du contrat, qui cesse alors de produire du rendement sur ce montant. L'avance, à l'inverse, ne déclenche aucune fiscalité puisqu'il s'agit juridiquement d'un prêt et non d'un retrait, et permet de conserver l'intégralité du capital investi au sein du contrat.

Dans quels cas l'avance sur assurance vie est-elle particulièrement pertinente ?

L'avance sur assurance vie prend tout son sens lorsqu'un besoin de trésorerie est ponctuel et que des rentrées de fonds sont prévisibles à moyen terme, par exemple dans un délai de six mois à un an. Plutôt que d'effectuer un rachat partiel, de payer une fiscalité immédiate et de perdre le bénéfice du rendement sur la somme retirée, il devient possible d'utiliser cette avance pour financer le projet en question, puis de la rembourser dès que les fonds attendus sont disponibles.

Cette solution s'avère également souvent plus avantageuse qu'un crédit à la consommation classique souscrit auprès d'une banque, dont le taux est généralement supérieur. Elle présente par ailleurs l'avantage d'être encadrée par des conditions fixes et identiques chez tous les assureurs, ce qui simplifie la prise de décision.

Quelles erreurs faut-il éviter avec ces stratégies de financement patrimonial ?

La première erreur consiste à effectuer un rachat partiel sur un contrat d'assurance vie alors que des fonds sont attendus prochainement, ce qui déclenche une fiscalité inutile et fait perdre le bénéfice du rendement sur la somme sortie. La réflexion devrait toujours porter sur la solution la moins coûteuse fiscalement et financièrement, en comparant systématiquement le rachat, l'avance et le crédit lombard.

La deuxième erreur fréquente concerne la concentration excessive du patrimoine sur une seule classe d'actifs lorsqu'un crédit lombard est mis en place. Un portefeuille composé uniquement d'actions expose à un risque d'appel de marge important en cas de baisse des marchés, alors qu'une diversification entre actions, obligations et fonds en euros permet de limiter considérablement ce risque.

La troisième erreur consiste à mettre en place ce type de financement sans s'assurer que le rendement attendu des actifs reste supérieur au coût du crédit sur la durée. Sans cette condition, l'opération perd tout son intérêt et peut même devenir défavorable.

Enfin, la dernière erreur est tout simplement de méconnaître l'existence de ces dispositifs, et notamment de l'avance sur assurance vie, qui reste l'un des outils les plus accessibles et les moins coûteux fiscalement pour faire face à un besoin de trésorerie ponctuel, quel que soit le niveau de patrimoine.

Ces stratégies sont-elles accessibles uniquement aux très grandes fortunes ?

Si les exemples les plus spectaculaires concernent effectivement des patrimoines très importants, les mécanismes eux-mêmes ne sont pas réservés exclusivement aux très grandes fortunes. L'avance sur assurance vie, par exemple, est accessible à tout détenteur de contrat, quel que soit le montant investi, dès lors que les conditions générales du contrat le prévoient, ce qui est le cas de la grande majorité des contrats sur le marché français.

Le crédit lombard, quant à lui, devient pertinent à partir du moment où l'on détient un portefeuille financier suffisamment conséquent pour intéresser un établissement bancaire, ce qui correspond généralement à des patrimoines financiers significatifs. Dans tous les cas, la mise en place de ces stratégies nécessite une analyse personnalisée de la situation patrimoniale globale, intégrant le niveau de revenus, la composition du patrimoine, les projets à financer et l'horizon de temps envisagé. C'est précisément le rôle d'un accompagnement en ingénierie patrimoniale que d'identifier, parmi ces différentes options, celle qui correspond le mieux à chaque situation individuelle.

En conclusion, comment aborder sereinement ces questions de financement patrimonial ?

Vivre à crédit en limitant la fiscalité n'est ni une fraude ni un privilège réservé à une élite inaccessible. Il s'agit d'une approche raisonnée de la gestion patrimoniale, qui consiste à mobiliser intelligemment les actifs déjà détenus pour financer des besoins de trésorerie, plutôt que de les céder en subissant une imposition souvent lourde. Le crédit lombard, le financement adossé à des actions cotées et l'avance sur assurance vie constituent trois illustrations concrètes de cette logique, chacune avec ses propres règles, ses avantages et ses points de vigilance.

La clé réside dans une analyse personnalisée, tenant compte du patrimoine global, du contexte de taux d'intérêt, des rendements attendus et des projets à venir. Pour aller plus loin sur ces sujets et découvrir d'autres stratégies d'optimisation patrimoniale expliquées de manière accessible, nous vous invitons à écouter le podcast L'Art de la gestion patrimoniale, disponible sur Deezer, Spotify et Apple Podcasts. Chaque semaine, de nouveaux épisodes abordent des thématiques concrètes pour mieux comprendre et organiser votre patrimoine.

FAQ

Le crédit lombard est-il risqué pour mon patrimoine ?

Le principal risque est l'appel de marge en cas de baisse importante de la valeur des actifs mis en garantie, ce qui peut obliger à rembourser une partie du prêt. Une diversification du portefeuille permet de limiter ce risque.

Quelle part de mon assurance vie puis-je emprunter via une avance ?

L'avance sur assurance vie permet généralement d'emprunter jusqu'à soixante pour cent de la valeur du contrat, selon les conditions générales fixées par l'assureur.

L'avance sur assurance vie est-elle fiscalisée ?

Non, l'avance est juridiquement assimilée à un prêt et non à un retrait, ce qui signifie qu'elle ne déclenche aucune fiscalité sur les plus-values du contrat.

Le crédit lombard est-il accessible à tous les épargnants ?

Il devient généralement pertinent à partir d'un certain niveau de patrimoine financier, car les banques évaluent le montant prêté en fonction de la valeur et de la nature des actifs apportés en garantie.

Quelle est la différence entre un rachat et une avance sur assurance vie ?

Un rachat consiste à retirer définitivement des fonds du contrat, avec une fiscalité applicable sur la part de plus-value, alors qu'une avance est un prêt remboursable qui laisse le capital investi continuer à produire du rendement.