Faut-il privilégier le salaire ou les dividendes quand on est dirigeant d’entreprise ?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre la différence fondamentale entre ces deux types de rémunération.
Le salaire correspond à la rémunération que le dirigeant se verse tout au long de l’année. D’un point de vue comptable, cette rémunération est considérée comme une charge pour la société. Elle vient donc réduire le résultat imposable de l’entreprise avant le paiement de l’impôt sur les sociétés.
Les dividendes, quant à eux, sont distribués après la clôture des comptes. Ils correspondent au bénéfice restant une fois l’impôt sur les sociétés payé. Ce bénéfice peut être distribué aux associés ou conservé dans l’entreprise.
Autrement dit, contrairement au salaire, les dividendes sont distribués après impôt.
Ensuite, ces dividendes sont eux-mêmes imposés au niveau personnel du dirigeant, généralement via la flat tax de 31.4 %, composée de 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18.6 % de prélèvements sociaux.
C’est cette double taxation qui change complètement l’équation.
Pourquoi se verser uniquement des dividendes est souvent une erreur fiscale ?
Beaucoup d’entrepreneurs pensent avoir trouvé une astuce simple : ne pas se verser de salaire et récupérer uniquement des dividendes.
Sur le papier, cette stratégie semble séduisante. Elle évite les cotisations sociales et paraît plus avantageuse fiscalement.
Dans la réalité, le calcul est beaucoup moins favorable.
Prenons un exemple simple avec un bénéfice de 100 000 euros.
Avant de pouvoir distribuer des dividendes, l’entreprise doit payer l’impôt sur les sociétés. Après application du taux réduit et du taux normal, il reste environ 79 250 euros de bénéfice distribuable.
Ce montant sera ensuite soumis à la flat tax de 31.4 %, ce qui laisse environ 54 000 euros nets dans la poche du dirigeant.
À première vue, ce résultat peut sembler correct. Pourtant, cette stratégie comporte plusieurs inconvénients majeurs.
D’abord, les dividendes ne permettent pas de cotiser pour la retraite. Les prélèvements sociaux de 18.6 % ne sont pas des cotisations retraite. Ils ne donnent donc aucun droit futur.
Ensuite, dans certains cas, une rémunération classique peut aboutir à un résultat net supérieur.
Par exemple, un dirigeant en SARL qui se verse l’équivalent de 100 000 euros de rémunération peut percevoir environ 57 000 euros nets après impôts et cotisations, tout en validant des droits à la retraite.
Dans ce cas précis, le dirigeant gagne davantage tout en améliorant sa protection sociale.
C’est la raison pour laquelle la stratégie du 100 % dividendes est rarement optimale.
Pourquoi trop de salaire peut aussi coûter très cher au dirigeant ?
À l’inverse, certains chefs d’entreprise tombent dans l’excès opposé. Se verser une rémunération trop importante.
Lorsque le dirigeant choisit de maximiser son salaire, il peut rapidement atteindre les tranches supérieures de l’impôt sur le revenu.
En France, le système fiscal est progressif. Les revenus ne sont pas tous taxés au même taux.
Les premières tranches sont peu imposées, voire totalement exonérées. Mais plus les revenus augmentent, plus le taux d’imposition grimpe.
Les dernières tranches peuvent atteindre 41 % voire 45 %.
Pour un salarié classique, il n’existe pas vraiment d’alternative. Le salaire est fixé par l’employeur.
Mais pour un entrepreneur, la situation est différente. Le dirigeant peut piloter sa rémunération.
Et c’est là que se trouve la véritable optimisation.
Si un dirigeant se verse une rémunération trop élevée, une partie de ses revenus peut être imposée à 41 %. Dans certains cas, cela signifie que presque la moitié de l’argent gagné part en impôts.
C’est rarement une stratégie efficace.
Quel est le niveau de rémunération optimal pour un chef d’entreprise ?
La vraie question n’est donc pas de choisir entre salaire et dividendes.
La vraie question est de savoir quel niveau de salaire faut-il se verser pour optimiser sa fiscalité ?
En pratique, on recommande souvent d’éviter de dépasser la tranche marginale d’imposition de 30 %.
Pour un célibataire sans enfant, cela correspond aujourd’hui à un revenu annuel d’environ 93 000 euros par part fiscale.
Au-delà de ce seuil, les revenus supplémentaires commencent à être imposés à 41 %.
Dans de nombreuses situations, il peut être plus intéressant de limiter sa rémunération à ce niveau et de compléter ses revenus via d’autres mécanismes.
Les dividendes peuvent alors intervenir comme un complément de rémunération, plutôt qu’une source principale.
Comment utiliser intelligemment les dividendes dans une stratégie de rémunération ?
Les dividendes ne sont pas un mauvais outil en soi. Le problème apparaît uniquement lorsqu’ils sont utilisés de manière exclusive.
Dans une stratégie bien construite, ils viennent généralement compléter une rémunération optimisée.
Une fois que le dirigeant a atteint le niveau de salaire optimal, il peut décider de distribuer une partie du bénéfice de l’entreprise.
Ces dividendes seront alors imposés à la flat tax de 31.4 %.
Cette solution peut être pertinente pour éviter de faire basculer ses revenus dans une tranche d’imposition plus élevée.
Mais là encore, chaque situation doit être analysée précisément. Le nombre de parts fiscales, les revenus du conjoint, la situation familiale et les objectifs patrimoniaux jouent un rôle déterminant.
Quels dispositifs permettent d’améliorer la rémunération du dirigeant ?
La rémunération du chef d’entreprise ne se limite pas au salaire et aux dividendes.
De nombreux dispositifs peuvent venir compléter cette stratégie.
Par exemple, certaines solutions permettent de percevoir des avantages sans charges sociales importantes. Les chèques vacances ou les CESU peuvent constituer un complément intéressant.
L’épargne salariale représente également une piste souvent sous-utilisée. Le plan d’épargne entreprise permet par exemple de bénéficier d’une fiscalité avantageuse après une période de blocage.
Dans certaines situations, les indemnités kilométriques ou le véhicule de fonction peuvent aussi être intégrés dans la réflexion globale.
Ces mécanismes ne remplacent pas une stratégie de rémunération, mais ils peuvent contribuer à l’optimiser.
Pourquoi le PER est devenu un outil incontournable pour les chefs d’entreprise ?
Parmi les outils les plus puissants à disposition des dirigeants figure le plan d’épargne retraite.
Le PER permet de déduire les versements du revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel.
Cette déduction fiscale peut permettre de réduire significativement l’impôt sur le revenu.
Pour un dirigeant proche de la tranche à 41 %, un versement sur un PER peut permettre de rester dans la tranche à 30 %.
En parallèle, l’épargne constituée pourra être récupérée à la retraite.
Le PER présente également un avantage souvent méconnu : sa fiscalité en cas de décès. Grâce à la clause bénéficiaire, il peut constituer un outil de protection familiale particulièrement efficace.
Pour cette raison, de nombreux ingénieurs patrimoniaux considèrent aujourd’hui le PER comme une brique essentielle de la stratégie de rémunération du dirigeant.
Conclusion : l’optimisation de la rémunération du dirigeant ne se résume pas aux dividendes
L’idée selon laquelle les dividendes seraient la solution miracle pour payer moins d’impôts est largement répandue chez les entrepreneurs.
Pourtant, la réalité est bien différente.
Une rémunération optimisée repose sur un équilibre entre plusieurs leviers : salaire, dividendes, fiscalité du foyer, investissements, stratégie patrimoniale et préparation de la retraite.
Chaque situation étant unique, la meilleure stratégie dépendra toujours du contexte personnel et professionnel du dirigeant.
Si vous souhaitez comprendre en détail comment structurer votre rémunération de dirigeant, éviter les erreurs fiscales les plus fréquentes et découvrir les stratégies réellement utilisées par les entrepreneurs les mieux conseillés, nous vous invitons à écouter l’épisode dédié sur notre podcast.
Le podcast « L’Art de la Gestion Patrimoniale » est disponible sur YouTube, Spotify, Apple Podcast et Deezer.
Dans cet épisode, nous analysons en profondeur les erreurs les plus fréquentes commises par les chefs d’entreprise et les stratégies concrètes permettant d’optimiser sa rémunération.
FAQ – Optimisation de la rémunération du dirigeant
Faut-il se verser uniquement des dividendes quand on est dirigeant ?
Non. Dans la plupart des situations, une stratégie 100 % dividendes est moins efficace fiscalement et ne permet pas de cotiser pour la retraite.
Les dividendes sont-ils moins taxés que le salaire ?
Pas forcément. Les dividendes subissent d’abord l’impôt sur les sociétés, puis la flat tax de 31.4%, ce qui peut parfois être moins avantageux qu’une rémunération.
Quel salaire se verser pour optimiser sa fiscalité ?
Beaucoup de dirigeants cherchent à rester sous la tranche marginale d’imposition de 30 %, mais le niveau optimal dépend de la situation du foyer fiscal.
La holding permet-elle de payer moins d’impôts ?
Une holding peut permettre d’optimiser la fiscalité et de réinvestir les bénéfices, mais l’argent reste dans la société.
Le PER est-il vraiment intéressant pour les chefs d’entreprise ?
Oui, car il permet de réduire l’impôt sur le revenu tout en préparant sa retraite et en protégeant ses proches.
Pourquoi se faire accompagner pour optimiser sa rémunération ?
Parce que chaque situation est différente et que les choix de rémunération ont des conséquences fiscales, sociales et patrimoniales importantes.










