Pourquoi les erreurs en investissement sont si fréquentes ?
L’investissement touche directement à l’argent, donc à des sujets profondément émotionnels. Peur de perdre, frustration de rater une opportunité, comparaison avec son entourage ou sentiment d’urgence face à l’actualité économique sont autant de facteurs qui influencent négativement les décisions.
À cela s’ajoute un environnement informationnel saturé. Aujourd’hui, une action, une cryptomonnaie ou un ETF qui progresse fortement fait immédiatement la une des réseaux sociaux. Les gains spectaculaires sont mis en avant, tandis que les pertes, les périodes de stagnation et les stratégies de long terme sont beaucoup moins visibles. Cette asymétrie crée l’illusion que l’investissement est simple, rapide et accessible à tous, ce qui est rarement le cas en pratique.
Beaucoup d’investisseurs particuliers se lancent sans véritable méthode, sans stratégie définie et sans accompagnement. Ils réagissent à l’actualité, suivent les tendances ou prennent des décisions en fonction de ce que font leurs proches. C’est précisément dans ce contexte que les erreurs classiques en investissement apparaissent.
Investir sans stratégie ni objectifs clairs
La première erreur, et sans doute la plus structurante, consiste à investir sans stratégie d’investissement clairement définie. Beaucoup de personnes investissent simplement parce qu’« il faut investir », parce que la Bourse monte sur le long terme ou parce qu’un voisin ou un collègue affirme gagner de l’argent en actions.
Dans ce cas de figure, aucune réflexion n’est menée sur les objectifs poursuivis, l’horizon de placement ou le niveau de risque acceptable. Or, investir sans objectif revient à naviguer sans cap. Un investissement destiné à financer un projet à court terme n’a rien à voir avec un investissement préparé pour la retraite ou pour transmettre un patrimoine.
Nous observons régulièrement des comportements incohérents, notamment en période de stress économique. La période de forte inflation en 2022 en est un bon exemple. Des épargnants historiquement très prudents, investis exclusivement sur des supports sécurisés, ont soudainement voulu prendre des risques importants sur les marchés actions dans l’espoir de « battre l’inflation ». Ce type de décision impulsive est particulièrement dangereux.
Chercher à obtenir des rendements élevés sans accepter la volatilité associée conduit souvent à des arbitrages réalisés au mauvais moment. Lorsque les marchés baissent, ces investisseurs paniquent, revendent avec des pertes et cristallisent définitivement leur échec. Une stratégie d’investissement doit être définie en amont, en tenant compte de vos projets, de votre tolérance au risque et de votre capacité à rester investi lorsque les marchés traversent des phases difficiles.
Suivre les tendances et investir sous l’effet des émotions
La deuxième grande erreur en investissement est étroitement liée à la première. Lorsqu’aucune stratégie n’est définie, les décisions sont naturellement guidées par les émotions et par les tendances du moment. Cela se traduit par un comportement malheureusement très répandu : acheter quand tout monte et vendre quand tout baisse.
Les biais comportementaux jouent ici un rôle central. La peur pousse à vendre dans les phases de correction, tandis que l’euphorie incite à acheter des actifs déjà très valorisés simplement parce qu’ils ont fortement progressé. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène en donnant une visibilité immédiate aux performances spectaculaires, sans jamais montrer l’envers du décor.
L’histoire récente regorge d’exemples. Qu’il s’agisse de certaines actions emblématiques, des NFT ou encore des cryptomonnaies, beaucoup d’investisseurs entrent sur un actif non pas par conviction, mais parce qu’il est devenu un sujet de conversation grand public. Lorsque la première correction survient, la panique s’installe et les ventes se font au plus mauvais moment.
Investir de manière rationnelle suppose de s’intéresser aux fondamentaux, à la logique économique sous-jacente et à la place de chaque actif dans une allocation globale. Même des supports populaires comme les ETF peuvent devenir inadaptés s’ils sont utilisés sans tenir compte du profil de risque et de l’horizon d’investissement. Un produit à la mode n’est jamais une solution universelle.
Mal comprendre la diversification : concentration excessive ou complexité inutile
La diversification est souvent présentée comme un pilier de l’investissement, mais elle est aussi source de nombreuses erreurs. La première consiste à concentrer l’ensemble de son capital sur une seule valeur ou un nombre très limité d’actifs, dans l’espoir de surperformer le marché.
Ce comportement revient à se croire plus malin que le marché et expose à un risque de perte majeur. Même les entreprises réputées les plus solides peuvent connaître des phases de baisse importantes. Aucune action, aussi qualitative soit-elle, n’est à l’abri d’un ralentissement économique, d’un changement réglementaire ou d’un accident de parcours. Mettre tous ses œufs dans le même panier peut conduire à des pertes sévères, parfois irréversibles.
À l’inverse, une diversification excessive peut également nuire à la performance. Accumuler des dizaines de fonds, d’ETF et de lignes en direct complexifie inutilement la gestion, augmente les frais et dilue la lisibilité de l’allocation. Dans bien des cas, quelques supports bien choisis suffisent à obtenir une diversification efficace à l’échelle mondiale.
Il faut également se méfier des fausses diversifications. Combiner plusieurs ETF très exposés aux mêmes zones géographiques ou aux mêmes secteurs, notamment la technologie américaine, peut donner une illusion de sécurité alors que le portefeuille reste fortement dépendant d’un nombre restreint de valeurs. Une bonne diversification repose avant tout sur la cohérence et non sur la multiplication des lignes.
Sous-estimer l’impact des frais et de la fiscalité sur le long terme
La dernière grande erreur classique en investissement concerne les frais et la fiscalité. Ces éléments sont souvent négligés par les investisseurs particuliers, alors qu’ils ont un impact déterminant sur la performance nette réelle d’un portefeuille à long terme.
Des frais de transaction, de gestion ou de garde trop élevés peuvent réduire significativement le rendement final, surtout lorsqu’ils s’accumulent année après année. Sur une durée de dix, vingt ou trente ans, quelques dixièmes de pourcentage de frais supplémentaires peuvent représenter des dizaines de milliers d’euros de différence.
La fiscalité joue également un rôle central. En France, certaines enveloppes permettent de bénéficier d’un cadre fiscal avantageux grâce à la capitalisation des gains, comme le PEA ou l’assurance-vie. À l’inverse, le compte-titres est soumis à une fiscalité immédiate sur les plus-values, ce qui freine l’effet boule de neige des intérêts composés.
Le plan d’épargne retraite mérite une attention particulière. S’il peut être pertinent dans certaines situations, notamment pour les contribuables fortement imposés, il est parfois mal utilisé. Des frais élevés ou une gestion inadaptée peuvent annuler l’avantage fiscal initial et aboutir à une performance décevante sur le long terme.
Éviter les erreurs classiques pour investir sereinement
Éviter les erreurs classiques en investissement ne signifie pas chercher à obtenir la performance maximale à tout prix. Il s’agit avant tout de construire une stratégie robuste, capable de traverser les cycles économiques et les périodes de volatilité sans remettre en cause vos objectifs.
Définir une stratégie claire, adaptée à votre situation personnelle, rester discipliné dans le temps, diversifier intelligemment et maîtriser les frais et la fiscalité sont les fondations d’une gestion patrimoniale efficace. Investir n’est pas une course de vitesse, mais un marathon qui récompense la cohérence, la patience et la rigueur.
Pour approfondir les sujets abordés dans cet article, retrouvez notre épisode de L’Art de la Gestion Patrimoniale et Financière avec Jérémy Doyen et Axel Godet, du cabinet Bonnet & Doyen Conseil, consacré aux erreurs classiques en investissement et aux pièges les plus fréquents rencontrés par les investisseurs particuliers.
Dans cet épisode, nous échangeons sur les décisions impulsives, l’impact des biais comportementaux, l’importance de définir une stratégie d’investissement cohérente et les bonnes pratiques pour construire un portefeuille adapté à son horizon et à son profil de risque.
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Foire aux questions – Les erreurs classiques en investissement
Comment identifier mes biais comportementaux en investissement ?
Les biais comportementaux sont des réactions émotionnelles ou des raccourcis mentaux qui influencent vos décisions d’investissement sans que vous en ayez toujours conscience. Les plus fréquents sont la peur de perdre, l’excès de confiance, le biais de confirmation ou encore le comportement grégaire, qui consiste à suivre ce que fait la majorité.
Pour les identifier, il est utile de vous poser quelques questions simples : est-ce que je prends cette décision parce que les marchés montent ou baissent fortement ? Est-ce que je regrette une décision passée et cherche à la corriger dans l’urgence ? Est-ce que j’investis parce que tout le monde en parle ?
Un bon indicateur est la fréquence des arbitrages émotionnels. Plus vous changez souvent de stratégie en fonction de l’actualité, plus les biais comportementaux sont probablement à l’œuvre. La mise en place d’une stratégie écrite et d’un cadre d’investissement clair permet de limiter fortement leur impact.
Quelle allocation d’actifs pour un horizon long terme ?
Une allocation d’actifs adaptée à un horizon long terme dépend avant tout de votre tolérance au risque et de votre capacité à supporter la volatilité. Sur un horizon de dix ans ou plus, les actifs dynamiques comme les actions ont historiquement offert un potentiel de rendement supérieur, mais au prix de fluctuations parfois importantes à court terme.
Une allocation long terme cohérente repose généralement sur une exposition majoritaire aux marchés actions, complétée par des actifs plus défensifs afin de lisser la volatilité globale du portefeuille. L’objectif n’est pas d’éliminer totalement le risque, mais de le rendre acceptable psychologiquement pour rester investi dans la durée. Une allocation mal calibrée, même performante sur le papier, devient inefficace si elle conduit à paniquer lors des phases de baisse.
Comment construire un portefeuille d’ETF cœur-et-satellite ?
La stratégie cœur-et-satellite consiste à structurer son portefeuille autour d’un noyau central stable, appelé le « cœur », complété par des investissements plus ciblés, appelés « satellites ». Le cœur du portefeuille est généralement composé d’ETF larges et très diversifiés, exposés aux grands indices mondiaux ou régionaux, afin d’assurer une base solide et peu coûteuse.
Les satellites viennent ensuite apporter des biais spécifiques, comme une exposition à certaines zones géographiques, à des secteurs particuliers ou à des thématiques de long terme. Cette approche permet de combiner simplicité, diversification et flexibilité, tout en évitant l’erreur classique de la surconcentration sur une seule classe d’actifs ou une seule zone géographique. La clé reste de conserver un poids majoritaire sur la partie cœur afin de maîtriser le risque global.
Quelles stratégies pour réduire le risque de volatilité ?
La volatilité fait partie intégrante de l’investissement, en particulier sur les marchés actions. Chercher à la supprimer totalement revient souvent à sacrifier une grande partie du potentiel de rendement. En revanche, il existe plusieurs leviers pour la rendre plus supportable.
La diversification est le premier d’entre eux, à condition qu’elle soit réelle et non illusoire. L’horizon de placement joue également un rôle central : plus il est long, plus les fluctuations de court terme perdent de leur importance. La mise en place d’investissements progressifs permet aussi de lisser les points d’entrée sur les marchés. Enfin, une allocation adaptée à votre profil de risque est essentielle pour éviter les décisions de panique lors des phases de baisse.
Comment définir des objectifs financiers réalistes sur 10 ans ?
Définir des objectifs financiers réalistes sur dix ans suppose de partir de votre situation personnelle plutôt que de comparer vos résultats à ceux des autres. Il est essentiel d’identifier vos projets futurs, qu’il s’agisse de préparer un complément de retraite, de financer un projet immobilier ou de sécuriser le patrimoine familial.
Un objectif réaliste doit être chiffré, inscrit dans le temps et cohérent avec votre capacité d’épargne et votre tolérance au risque. Il ne s’agit pas de viser une performance théorique maximale, mais un équilibre entre rendement espéré et sérénité. Une stratégie bien définie, régulièrement réévaluée, permet d’ajuster le cap sans remettre en cause l’ensemble du portefeuille à chaque aléa de marché.










